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jeudi 15 décembre 2011

Selon un ingénieur japonais, l’explosion du réacteur 3 était une explosion nucléaire

Il m'a semblé important de rappeler ici l'article de Pierre Fétet, dans son "blog de Fukushima".
Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 02:58
Le désormais célèbre blog Ex-SKF, qui donne des informations journalières en provenance du Japon, vient de rapporter l’interview d’un ingénieur japonais, Setsuo Fujiwara, ancien inspecteur au JNES (Japan Nuclear Energy Safety Organization). Celui-ci a déclaré au magazine SPA qu'il y a eu deux explosions au réacteur 3 le 14 mars à Fukushima Daiichi : une explosion d'hydrogène, puis une explosion nucléaire à la piscine de combustible usé.


Ce qui suit est une copie du texte japonais, puis une traduction en anglais et enfin une traduction en français. Précisons qu’EX-SKF n’a pas de connaissance particulière en physique nucléaire, et que de ce fait, sa traduction peut être sujette à révision, le cas échéant.


"The explosion in Reactor 3 at Fukushima I Nuke Plant on March 14 was nuclear!"

"L'explosion dans le réacteur 3 à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi le 14 mars était nucléaire ! "


So says Mr. Setsuo Fujiwara, who worked at Japan Nuclear Energy Safety Organization (JNES) until the spring of 2010 as nuclear plant inspector. He is one of those experts who know the nuclear power plant facilities and operations in great details.

C'est ce que dit M. Setsuo Fujiwara, qui a travaillé à l’Organisation de sûreté de l’Energie nucléaire du Japon (JNES) jusqu'au printemps de 2010 comme inspecteur des installations nucléaires. Il est l'un de ces experts qui connaissent très précisément les installations et les activités de la centrale nucléaire.


"In the Reactor 3 explosion, there was a flicker of fire, then a vertical, black smoke up the reactor building. A hydrogen explosion does not produce such a black smoke. And the mushroom cloud. It resembles a nuclear explosion."
« Dans l’explosion du réacteur 3, il y a eu une lueur d'incendie, puis une fumée noire verticale au dessus du bâtiment réacteur. Une explosion d'hydrogène ne produit pas une fumée noire. Et le nuage en forme de champignon. Cela ressemble à une explosion nucléaire. »


But according to the government and TEPCO, the nuclear reactors are getting more stable, aren't they?
Mais selon le gouvernement et TEPCO, les réacteurs nucléaires deviennent plus stables, n’est-ce pas?


"A more important source of radioactive materials dispersed is the Spent Fuel Pools."
"Une source plus importante de matières radioactives dispersées est la piscine de combustible usé."


Fujiwara takes out an aerial photograph of the plant shot from the land side.
Fujiwara sort une photographie aérienne de la centrale prise du côté terre.


"The upper frames of the reactor building are blown off at the location of the Spent Fuel Pool. I believe there was an explosion inside the SFP, and the fuel rods inside were blown out."
«Les cadres supérieurs du bâtiment réacteur sont arrachés à l'emplacement de la piscine du combustible usé. Je crois qu'il ya eu une explosion à l'intérieur du SFP et les barres de combustible qui étaient à l'intérieur ont été soufflées."



If the spent fuel had melted and sank to the bottom of the pool, would that cause a nuclear explosion?
Si le combustible usé avait fondu et coulé au fond de la piscine, est-ce que ça aurait causé une explosion nucléaire?

「3 号機の燃料プール内では、爆発が生じるまでに冷却水が少なくなり、ジルカロイ・水反応で水素が発生。上方の燃料被覆管が溶けて、中のペレットはブロック崩 し状態。プール内が原子炉さながら、小出力で臨界状態となって水が沸騰したと思われます。そして、プール水面上方で水素爆発。その圧力で沸騰水中のボイド (水蒸気)が圧縮。ボイド反応度係数はマイナスなので、一気に核分裂の反応度が高まり、即発臨界の核爆発が起きた。3号機爆発のスローモーションビデオを 観ると、爆発音が3回聞こえる。これが、水素爆発の後に核爆発が生じた証拠です」

"The amount of cooling water decreased in the Reactor 3 SFP prior to the explosion, and hydrogen was generated from the zircaloy-water reaction. The upper part of the cladding melted, and the pellets fell out and piled [at the bottom of the pool?]. Inside the SFP, it was like a nuclear reactor becoming critical, and the water boiled. Then there was a hydrogen explosion above the surface of the water in the SFP, and due to the pressure from the explosion, voids (steam bubbles) in the boiling water were compressed. The void coefficient was negative, so the reactivity of nuclear fission was suddenly heightened, resulting in a nuclear explosion from the prompt criticality. When you see the slow-motion video of Reactor 3's explosion, you hear three explosive sounds. It is the evidence that the nuclear explosion occurred after the hydrogen explosion."
"La quantité d'eau de refroidissement a diminué dans la SFP du réacteur 3 avant l'explosion, et l'hydrogène a été générée par la réaction du zircaloy avec l’eau. La partie supérieure de la gaine a fondu, et les pastilles sont tombées et se sont empilées [au fond de la piscine ?]. A l'intérieur de la SFP, c’était comme un réacteur nucléaire qui devient critique, et l'eau s’est mise à bouillir. Puis il y a eu une explosion d'hydrogène au-dessus de la surface de l'eau dans la SFP, et en raison de la pression de l'explosion, les vides (bulles de vapeur) dans l'eau bouillante ont été compressés. Le coefficient de vide a été négatif, donc la réactivité de la fission nucléaire a été soudainement accrue, produisant une explosion nucléaire de criticité instantanée. Quand vous voyez la vidéo au ralenti de l'explosion du réacteur 3, vous entendez trois bruits d'explosions. C'est la preuve que l'explosion nucléaire a eu lieu après l'explosion d'hydrogène. "


Next, he points to the pipe that connected the exhaust stack and Reactor 3. The big pipe is broken, and the short segment of the pipe is lying on the ground.
Ensuite, il pointe le tuyau qui reliait le tuyau d'échappement et le réacteur 3. Le gros tuyau est cassé, et le segment court du tuyau est couché sur le sol.

. 「東 電は、定期点検中の4号機で水素爆発が起きたのは、3号機で発生した水素がこの配管を通って、4号機建屋に入ったためだと説明しました。しかし写真を見る と、このとおり配管は繋がっていない。4号機でも使用済み燃料プール内で水素が発生して、爆発したと言える。3、4号機爆発とも、使用済み燃料プールの水 素なら、1号機も使用済み燃料プールの水素による爆発ではないか。これら重要な事故シナリオについて、誰もダメ出しをしていない」

"TEPCO explained that the hydrogen gas generated in Reactor 3 passed through this pipe and entered the reactor building of Reactor 4, causing the hydrogen explosion in Reactor 4 which was in regular maintenance at that time. However, if you look at the photo, the pipe is broken. I think it was a hydrogen explosion in Reactor 4 also, caused by hydrogen generated inside the Spent Fuel Pool. If Reactors 3 and 4's hydrogen came from the Spent Fuel Pools, is it possible that the explosion of Reactor 1 was also caused by hydrogen from the Spent Fuel Pool? But no one is questioning [TEPCO] hard on these important points in reconstructing the accident."
    «TEPCO a expliqué que le gaz hydrogène produit dans le réacteur 3 a traversé ce tuyau et est entré dans le bâtiment du réacteur 4, provoquant l'explosion d'hydrogène dans le réacteur 4, qui était dans un entretien régulier à cette époque. Cependant, si vous regardez la photo, le tuyau est cassé. Je pense que c'était aussi une explosion d'hydrogène dans le réacteur 4, causée par de l'hydrogène généré à l'intérieur de la piscine de combustible usé. Si l’hydrogène des réacteurs 3 et 4 provient de la piscine de combustible usé, est-il possible que l'explosion du réacteur 1 ait également été causée par l'hydrogène à partir de la piscine du combustible usé ? Mais personne ne questionne fermement [TEPCO] sur ces points importants concernant la reconstitution de l’accident. »

Fujiwara says he tried to run his scenario of the accident with the engineers who are anti-nuclear, but that they withheld comments. "Japanese engineers are too reluctant to comment on things outside their specialties", says Fujiwara, irritated.
Fujiwara dit qu'il a essayé d'exécuter son scénario de l'accident avec les ingénieurs qui sont anti-nucléaires, mais qu'ils ont retenu leurs commentaires. "Les ingénieurs japonais sont trop réticents à commenter des choses en dehors de leurs spécialités», dit Fujiwara, irrité.

Qui est Setsuo Fujiwara ?
Cet ancien inspecteur âgé de 62 ans, ayant dénoncé des irrégularités dans les rapports d’inspection concernant la sécurité d’installations nucléaires au Japon, a été forcé par le JNES à prendre une retraite anticipée en mars 2010. Pour tenter de retrouver son travail, il a porté plainte à la cour de justice du district de Tokyo.
« J'ai décidé de devenir un Don Quichotte et d'élever ma voix, maintenant que je suis presque à la retraite et que je n’ai plus rien à perdre », avait déclaré M. Fujiwara dans une interview.
C’est donc un expert nucléaire japonais qui parle sans aucune contrainte.
sources :

11 commentaires:

  1. on se passerait bien des pubs over-blog.
    je te conseille pour firefox cette extension

    à part ça on comprend. Même si la traduction est pas terrible et qu'on ne connait rien de rien au nucléaire comme moi. Donc merci pour l'info.

    question : quelles en sont les conséquences ?

  2. Bonjour Annie. J'ai rétabli les illustrations.

    Les conséquences ? Le réacteur N°3 était chargé en MOX, ce mélange de 93% d'uranium de récupération, et de 7% de plutonium récupéré dans les déchets nucléaires des centrales d'une bonne partie du monde à La Hague, et reconditionné à Marcoule. Le plutonium a deux inconvénients majeurs.
    - il "diverge" dès la constitution d'une masse de 6 Kg environ, c'est-à-dire qu'il se comporte, en moins violent, comme dans une explosion nucléaire de bombe, avec projection de particules radioactives dans tous les sens et élévation de température. Il faut savoir qu'avec sa masse volumique énorme (20), les 6 Kg tiendraient dans un verre à vin si c'était du liquide.
    - en plus de sa radioactivité très forte (beta et gamma pour le Pu239), ce métal à la demi-vie de 24000 ans possède une toxicité très grande : quelques milligrammes inhalés entraînent la mort.

    L'explosion du réacteur 3 a nécessairement envoyé dans l'atmosphère japonaise de grandes quantités (relativement) de ce poison. Les parents japonais se soucient déjà, dans beaucoup d'endroits, de voir leurs enfants fatigués, saignant du nez, toussant sans cause microbienne. Voilà où nous en sommes, pour le moment.

  3. ce matin sur FI sujet centrales. J'ai pas tout écouté. Grosso modo un mec disait que l'Allemagne peut vivre sans nucléaire, mais que le Japon n'a pas le choix pcq il ne peut importer de l'elec d'ailleurs. Que donc tout continue

  4. Ah oui, le Japon ne peut pas vivre sans le nucléaire ? Mais actuellement, sur les 54 centrales de l'archipel, il n'y en plus que 10 en fonctionnement.

    D'accord, ils se rationnent. Mais ce qui se passe surtout, c'est que le lobby japonais du nucléaire est presque aussi puissant que le français. C'est lui, récemment, qui a obligé le premier ministre à démissionner, alors que celui-ci avait justement "viré" son ministre de l'énergie, pro-nucléaire à fond et grand responsable des manques de précautions qui ont abouti à la catastrophe.

    Justement, en France nous sommes dans la période des tempêtes. En 1999, je le rappelle à nouveau, et je le martèle, à la centrale du Blayais près de Bordeaux il s'en est fallu d'un cheveu que pareille "mésaventure" n'arrive : simplement deux pompes sur les 8 de l'établissement ont réussi à continuer à fonctionner, et à contribuer à ce que les barres dans les cuves continuent à être refroidies à peu près correctement. Pour le reste, la centrale était complètement inondée comme à Fukushima. Sinon, aujourd'hui Bordeaux serait évacué, et il n'y aurait plus de vignoble de bordeaux.

    Voilà où mène la folie des hommes.

  5. Salut Babel.
    Tu te rappelles, en rédigeant mon petit texte de science fiction sur Fukushima 2051 (sealand in Japan) que Dazibaoueb avait repris début mars 2011, je n'imaginais pas que ce que j'écrivais se rapprocherait autant de la réalité...

    Merci de nous tenir au courant.

    Et puis garde courage et persévérance. Tu conserveras toujours ma fidélité. Je te mets en lien chez moi : c'est symbolique mais c'est toujours ça ! ;-))

  6. Merci Cui Cui ! Merci à mes visiteurs !

    Et là je viens de tomber sur ce lien chez ZGUR, pour un anniversaire qui doit rester marqué dans les cœurs.

    Cependant je ne suis pas sûr de bien partager son opinion sur ce qui se passe en Syrie. Je crains que la désinformation Occidentale n'ait encore frappé.

  7. La dernière livraison de Pierre Fétet n'est pas triste : en voici un extrait.


    Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 00:10
    Les disparus de Fukushima
    photo 1323976396435-1-0Alors que le gouvernement japonais vient de décréter l’arrêt à froid des réacteurs de Fukushima (comme s’il y avait encore des « réacteurs » à Fukushima !), un journaliste japonais indépendant, Tomohiko Suzuki, a donné vendredi une conférence de presse très instructive. Cet homme courageux, journaliste de terrain, s’était fait embaucher à la centrale de Fukushima Daiichi comme ouvrier par l’intermédiaire d’une filiale de Toshiba. Il a pu ainsi enquêter à l’intérieur même du site du 13 juillet au 22 août 2011, assigné à une tâche liée au retraitement de l'eau contaminée. Ses révélations décapantes nous amènerons à nous interroger une nouvelle fois sur la disparition de dizaines, voire de centaines d’ouvriers sur les listes administratives de la centrale nucléaire.

    Aucun progrès

    Tout d’abord, les déclarations de Tomohiko Suzuki (1) sont à l’opposé de la communication officielle qui proclame que tout est sous contrôle. Selon lui, aucun progrès n’a été fait vers une quelconque sortie de la crise nucléaire : seuls des travaux de façades ont été effectués pour faire croire à une maîtrise de la situation. On peut citer en effet l’installation de la tente de protection du réacteur n°1 et le nettoyage de la façade sud du réacteur n°4. Il s’agit d’actions concrètes et visibles propices pour donner une image de maîtrise de la situation. Or en réalité il n’en est rien. Ces actions de sécurisation à court terme ne règlent aucun problème :

    - On ne sait toujours pas quoi faire de l’eau contaminée par le refroidissementeauFukushimaDaiichiSteelTanks des réacteurs, eau que l’on essaie de retraiter mais qui en fait s’entasse sur le site, au risque de la voir se répandre par des fuites diverses dues à des failles dans le sol, à des tuyaux de mauvaise qualité, à des normes techniques différentes selon les entreprises qui interviennent, et peut-être cet hiver à cause du gel de certains circuits exposés en plein air. Au 15 novembre, les réservoirs installés sur le site pouvaient contenir 106 000 tonnes d’eau contaminée. S’il n’y avait pas une pression de l’opinion public, TEPCo aurait déjà relâché cette eau dans la mer.

    - Les 6 piscines des réacteurs et la piscine commune nécessitent un refroidissement constant car elles renferment ensemble 1964 tonnes de combustible. Aucune erreur n’est tolérable pour la maintenance de ces piscines, et il est difficile de comprendre pourquoi Tepco a laissé s’évaporer l’eau de la piscine n°4 jusqu’à ne plus avoir que 1,50 mètre de hauteur au dessus du combustible le 1er décembre alors que 7 mètres sont nécessaires. Ces piscines extrêmement dangereuses ne servent à rien. Elles nécessiteront des dépenses pharaoniques de surveillance et d’entretien durant des dizaines d’années alors que l’électricité qui a été produite avec les combustibles entreposés est déjà consommée depuis longtemps.

    - Les coriums des réacteurs 1, 2 et 3, représentant au maximum 257 tonnes de combustible, ne sont pas localisés. Malgré des centaines de pages de rapports divers et des modélisations rassurantes, personne ne peut dire aujourd’hui où ils sont exactement. Comment peut-on affirmer contrôler quelque chose qu’on ne sait pas localiser ?


  8. J'ai lu le long article de Pierre Fétet... brr !!

    On savait tous vaguement la nocivité des Yakuzas du Japon, ces mafias si redoutables. Et désormais jusque dans les efforts inouïs à faire pour contrôler le désastre de Fukushima... ou informer au moins !

    Finalement, cela révèle que sur le monde entier règnent des mafias qui, de fait, dirigent le capitalisme. Et celui-ci nous enferme dans "l'auberge travaille et crève"... dont l'humanité n'est pas sortie, sans clef !

  9. En fait capitalistes et mafieux sont deux mots synonymes. Il y a interpénétration entre les deux "communautés". Et comme de plus en plus ce sont les capitalistes qui sont les donneurs d'ordres au plus haut niveau, ils disposent de la force armée. C'est dire comme la situation devient intenable !