Rechercher dans ce blog

vendredi 30 novembre 2012

Désir: Mélenchon "devrait changer de ton" avec Hollande (SIPA)

SIPA le 30-11-2012 à 09h01 - Mis à jour à 09h40

PARIS (Sipa) -- Harlem Désir a fustigé vendredi "des propos insultants" de Jean-Luc Mélénchon à l'égard de François Hollande, estimant qu'il devrait "changer de ton".
"Attention à ne pas vouloir manier la guillotine contre la gauche responsable", a déclaré le premier secrétaire du PS sur i>télé à propos de M. Mélenchon. 



Bizarrement, n'a-t-on pas l'impression de l'inverse ?  Le nouveau patron de Solférino s'attaque à un opposant (oui, opposant) vraiment vertement, alors qu'il s'agissait d'un avertissement tout-à-fait justifié envers un homme qui fut élu par défaut, avec un score qui ne le rendait même pas titulaire d'une majorité absolue si l'on tenait compte des bulletins blancs (ce qui serait logique, mais que les politiciens ne veulent surtout pas).

Oui, le président de la république s'engage à fond dans une aventure néolibérale, dont on connaît à l'avance les dégâts avec les exemples grec, espagnol, etc... De la part d'un homme qui se dit de gauche, et qui parle de responsabilité, cela donne un haut-le-cœur.

Donc, sans doute serait-ce à Monsieur Désir de changer de ton, parce que fustiger quelqu'un qui a raison, ce n'est peut-être pas très judicieux.

Quant à sa déclaration à propos de Notre-Dame des Landes, soit il connaît mal le dossier, soit il persiste malgré les contradictions de celui-ci, et cela, ce n'est pas bien, dans les deux cas.

Non, dans leur majorité, les populations ne sont pas pour ce projet, j'ai pu le constater. C'est vrai pour celui-ci, c'est aussi vrai pour bien d'autres projets.  Et c'est encore vrai pour des lois qui, elles sont passées, et qui n'auraient jamais dû l'être.

Ce gouvernement, ainsi que ceux qui le soutiennent en tant qu'élus ou cadres de partis, devraient démissionner en bloc. Nous n'en voulons pas, et de LEURS décisions encore moins.



Droite, gauche : c'est de la boxe ?

On entend encore des gens, y compris des journalistes, qui n'hésitent pas à classer le parti présidentiel "à gauche". Pire, certains traitent même ses membres de "gauchistes" : c'en serait risible, si ce n'était aussi inexact. Plus fort, parmi les militants de base certains s'imaginent encore avoir leur carte dans un parti "de progrès" et "social". Ils ne doivent pas souvent prendre le temps de la réflexion, ils ne doivent pas souvent participer à des débats de sections, ils ne doivent pas souvent attendre un retour depuis les instances supérieures des résultats de ces débats.

Parfois, certains plus avertis vont, prudemment, classer cette formation parmi les "centristes". Euh... je ne mettrais pas le parti soumis au centre (sans doute parce que je ne fonctionne peut-être pas de la même façon). Il est seulement libéral dans le sens où ce terme est défini en Europe continentale, l'inverse du sens donné aux États-Unis en fait. C'est-à-dire qu'il privilège des solutions où les entreprises sont libres de faire ce qu'elles veulent : en particulier les plus importantes bien entendu, vu que les plus petites en sont souvent les esclaves par le mécanisme de la sous-traitance.

Effectivement les termes droite-gauche n'ont plus guère de sens aujourd'hui. Essayons de rappeler l'origine de ces termes. À l'Assemblée Législative, en 1792, les Girondins, dont le noyau dur était constitué majoritairement de députés de la Gironde, siégeaient à droite de l'Assemblée (vue depuis le perchoir du président de séance), alors que les Montagnards, souvent députés de Paris, prenaient place à gauche, dans les travées les plus hautes. Le clivage alors était entre une gestion décentralisée de la nation, contre une centralisation dite jacobine. Les députés parisiens de la Montagne se réunissaient habituellement au Club des Jacobins. Ces termes ont plus tard évolué, pour tenir compte de ceux qui restaient plus ou moins attachés à l'ancien régime, contre les plus révolutionnaires.

Aujourd'hui, les réalités sont plus complexes, et s'enchevêtrent. Il faut seulement définir :

- les liens avec le profit, avec toutes les nuances que cela peut comporter, face à ceux qui privilégient le service public pour tous financé par l'impôt... et qui revient moins cher si les contributions sont bien réparties en fonction des richesses de ceux qui en sont assujettis. Les libéraux préfèreront les impôts indirects, en particulier la TVA, que paieront même les plus pauvres, alors que leurs adversaires vont privilégier l'impôt sur le revenu, qui s'appuie plus lourdement sur ceux qui ont plus de moyens.

- et puis les liens avec le nationalisme, voire la xénophobie (le patriotisme, c'est encore autre chose), un moyen en fait de détourner le regard des défavorisés en montrant du doigt ceux qui sont venus d'ailleurs, eux ou leurs parents, comme causes de leurs déboires. Le patriotisme, au contraire, est une façon de défendre un modèle, celui qui s'est affiné à partir des Lumières. C'est pourquoi les libéraux font tout pour détruire ce modèle, qui freine leurs ambitions ou celles de leurs "sponsors", et que le patriotisme se retrouvera bien davantage au Front de Gauche, soucieux de défendre le fruit d'un magnifique élan né à la fin de la seconde guerre mondiale, qu'on a appelé le programme du Conseil National de la Résistance.

- et puis les liens avec la laïcité, source d'égalité et renvoyant les sensibilités philosophiques et "religieuses" à leur place, la sphère privée et une relative discrétion en vue d'éviter les heurts entre communautarismes,

- et puis les liens avec la conception du pouvoir....... sachant que la démocratie n'est qu'un mythe commode qui n'existe guère, et encore partiellement, que dans un ou deux cantons suisses aujourd'hui.

- et puis les liens avec la notion assez nouvelle d'écologie, apparemment indépendante des vieux clivages... mais apparemment seulement.

- et enfin certains choix de société, qui parfois vont de pair ou non avec la laïcité, et avec le repli sur soi "identitaire", comme  la prise en compte des homosexualités, ou celle de l'euthanasie, celle du droit à l'avortement...

Le mélange de tous ces critères, avec toutes les nuances intermédiaires pour chacun d'eux, dresse la fiche non d'un parti (à moins qu'il ne soit particulièrement monolithique), mais de ceux qui veulent apporter quelque chose en politique. Car il y a aussi ceux qui s'en fichent. C'est dire comme le clivage droite-gauche ne représente rien.

Le classement entre toutes les sensibilités et toutes les nuances est bien complexe, même si, dans les faits, certains de ces critères se retrouvent assez fréquemment de façon commune : ce qu'on appelle encore la gauche regroupera souvent (mais pas toujours) le souci d'un bonne répartition des richesses, avec un minimum vital face au "chacun pour soi" libéral, le souci d'un avenir pour les descendants, avec des prises de positions écologiques (eh oui, pas toujours, c'est dire comme l'affaire est complexe), laïques ; en revanche on notera plus que des nuances concernant le type de gouvernement souhaité, et même concernant un patriotisme centré sur les valeurs du CNR, ou sur une conception européenne, plus élargie. De quoi y perdre son latin.

Sur ces bases, reprenons le cas du parti de Solférino. Il est très clair qu'il obéit sans murmurer aux injonctions des banques, des critères de Bruxelles,  qu'il n'hésite pas à faire primer les profits d'une société privée face à un défi écologique (Iter, EPR, LGV, aéroports), ce qui le classe à coup sûr dans le camp libéral. Il continue la politique de rejets des demandeurs d'asile, des Rroms, avec un tout petit peu plus de souplesse il ne facilite pas la présence de jeunes étrangers en cours d'études, ce qui le place parmi les nationalistes. Il mène une certaine ouverture envers les homosexuels, ou envers le planning familial, mais cela est mené vraiment du bout des lèvres. Dans les faits, autoritaire, il ne tient aucun compte des espoirs démocratiques des citoyens, comme on l'a vu pour le vote du TSCG, et d'autres votes antérieurs. En résumé, classer ce parti à gauche relève au moins d'un vœu pieux, au plus d'une erreur d'appréciation fondamentale.

Droite-gauche ? Il n'y a que les journalistes, par paresse, qui vont encore en parler comme s'il s'agissait d'une réalité : ils ne sont plus "dans le coup" !

jeudi 29 novembre 2012

Japon - les municipalités sont mobilisées à propos des carburants nucléaires usagés (NHK)

NHK, le 28 novembre à 4h11 TU (13h11 au Japon) soit 5h11 en France

Selon un tour d'horizon de la NHK, presque la moitié des municipalités au Japon hébergeant une centrale nucléaire ou des stockages de carburant usagé déplorent que les mesures de sécurité soient inadéquates. Ce tour d'horizon en octobre a visé 34 municipalités. Les inquiétudes à propos de fuites potentielles de radiations ont augmenté depuis que le désastre de mars 2011 a endommagé les piscines de stockage des barres usées à la centrale de Fukushima Daiichi.

Quinze municipalités concernées ont assuré que les mesures actuelles de sécurité sont inadéquates. Elles assurent avoir demandé que les opérateurs des installations  de production et des sites de stockage prennent de nouvelle mesures pour les protéger des tremblements de terre et renforcer les systèmes de refroidissement.

Dix municipalités ont demandé à voir retirés les sites de stockage de matériaux usés de leurs juridictions. Onze autres ont convenu que le stockage pendant un certain temps était inévitable. Treize municipalités ont déclaré qu'elles ne pouvaient pas répondre de la surveillance. L'une d'elles a demandé au gouvernement de prendre ses responsabilités. Une autre a poussé pour que les discussions comprennent les municipalités qui utilisent l'électricité liée au nucléaire.

Les matériaux nucléaires usés sont stockés à travers le pays sous un programme gouvernemental de recyclage. Tous ces déchets sont repris dans une centrale à Rokkasho, dans la préfecture Aomori, au nord-est du Japon, pour un retraitement. Mais la centrale ne fonctionne pas à pleine capacité. Il en résulte que 14400 tonnes sur les plus de 17000 tonnes de déchets actuellement en stock restent dans les piscines de toutes les centrales sur le territoire national. Ces centrales sont actuellement à 70% de leur capacité de stockage.

De nouvelles mesures concernant l'énergie annoncées en septembre par le gouvernement promettent de diminuer la dépendance du pays à l'énergie nucléaire dans le futur, tout en conservant le recyclage des déchets radioactifs.

A la préfecture de Fukui, au centre du Japon, le maire de la ville de Tsuruga, Kazuharu Kawase, exige la construction immédiate de centres de confinement temporaire et de traitement des déchets. Dans la préfecture d'Ibaraki, au nord de Tokyo, le chef du village de Tokai, Tatsuya Murakami, constate qu'en dépit des prévisions, en cinquante ans le traitement des déchets radioactifs n'a vu aucun progrès.  Il ajoute qu'il est mal de s'accrocher à des mesures inapplicables. Pour lui, le plan actuel consistant à déplacer tous les déchets dans la préfecture d'Aomori n'est pas réaliste. Il considère qu'il est plus pratique de conserver les déchets dans les centrales qui les ont utilisés.


(traduction personnelle, avec les coquilles et approximations habituelles)

mardi 27 novembre 2012

Notre-Dame-des-Landes: "impensable" qu'EELV "s'associe à des anarcho-autonomes" (AFP)

AFP le 27-11-2012 à 15h55 - Mis à jour à 16h05

PARIS (AFP) - Jean-Marc Ayrault met en garde dans Le Point à paraître jeudi ses alliés écologistes, tentés selon lui de "s'associer" contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à "des anarcho-autonomes qui font de la casse à chaque sommet international".

/- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - /

 "On ne va tout de même pas tomber dans la décroissance!", s'emporte-t-il.



Et les multinationales, elles ne font pas de la casse ? Et à une tout autre échelle ? Il suffit de voir les catastrophes causées par les grandes boîtes du pétrole, sciemment comme pour le gaz de schiste (voir au Canada, en Alaska et en Pennsylvanie), ou par imprudence délibérée comme ce qui est arrivé à l'une d'elles récemment dans le golfe du Mexique. Il suffit de voir l'impact sur l'Amazonie des déboisements démentiels, de l'orpaillage, sans que le gouvernement concerné ne réagisse vraiment. Le bétonnage à haute dose aussi comporte de vrais risques environnementaux. Pour rappel, actuellement tous les dix ans la France perd l'équivalent de la superficie d'un département en terre cultivables remplacées par des routes, des aéroports, des constructions habitables ou industrielles.  Un tel rythme ne saurait durer longtemps.

La décroissance ?  Il va bien falloir y arriver. Cela ne signifie pas le retour à l'araire et la chandelle, mais un bien plus grand respect de cette Terre que nos enfants nous prêtent en attendant d'en bénéficier à leur tour.

Alors quand, face à des voix de plus en plus unanimes contre son projet d'aéroport inutile, l'ancien maire de Nantes laisse éclater sa colère, il n'est pas certain qu'il soit bien dans son rôle de gardien de l'avenir de tous. Peut-être un roi du béton le tient-il en otage. Dans ce cas, la meilleure façon pour lui de regagner l'estime de ses compatriotes serait sans doute de démissionner. Mais peut-être pour lui est-il déjà trop tard.

En revanche, pour l'aéroport, il n'est pas trop tard pour tout arrêter, puisque les travaux sur le terrain ne sont pas commencés, et ne sont pas près de l'être.




Erotlantique (en hommage à Gilles Servat)

E R O T L A N T I Q U E
(sur l'air de "Les Prolétaires", de Gilles Servat)

Dans le ciel passent d'un air fier
Des avions venant de Londres
Le Caire ou Nice, ou Toulouse,
Ou des coins qui donnent le blues.
Y prennent place pêle-mêle
Businessmen ou fidèles
Des politiciens qui montent
Ou de ceux qui fuient, de honte.

Où loger tous ces avions ?
Les terrains sont chers !
Il faut bien qu'ils atterrissent
Se soulager des passagers
Et larguer ces gens pressés
Loin des villes, ou même à pied,
C'est pourquoi Nantes-Atlantique
Était vraiment trop pratique .

Associés, Ayrault, Vinci
Ont trouvé la solution.
Un bocage d'eau farci
Loin de la ville en question.
Les Nantais n'auront plus de lait,
Il faudra qu'ils prennent l'avion
Pour en trouver des godets
Ou se passer de potion.

Mais du lait au goût d'pétrole
C'est mauvais dans la casserole !
Rien ne vaut la vache laitière
Qui régale comme avant-hier.
En vélo on peut la voir faire
Par les sentiers de bonne terre.
C'est pourquoi Nantes-Atlantique
Était vraiment trop pratique.

Les camions ont tout cassé
Les pell'teuses ont tout tassé,
Les gars d'la maréchaussée
Ont protégé les stipendiés
Qui démolissaient la vie
Des pauvres gens tout marris
Dont les ancêtres avaient fait
D'une lande un vert palais.

Fini, l'herbe, c'est béton !
Même en vert, c'est pas coton.
Et les riches en tire viendront
Décoller du sol breton.
Le saccage aura coûté
L'exil de tous les fermiers :
C'est pourquoi Nantes-Atlantique
Était vraiment trop pratique.

C'est Vinci qui s'ra content :
Il aura l'argent de tous ces gens
Qui paieront ainsi l'impôt
Aux sociétés amies d'Ayrault.
Il n'y aura plus d'avions,
On reviendra au charbon.
Mais cela ne change rien
Pour qui a tous les biens.

La finance aura gagné
Les contrats qu'elle a fixés.
Les tritons vont se marrer
Avec des mares bétonnées.
Quant à l'homme qui porta
Ce dossier à bout de bras,
En boutant Nantes Atlantique
Dans l'Histoire il sera Unique !

bab

lundi 26 novembre 2012

L'entêtement officiel contre les opposants à l'aéroport Notre-Dame des Landes


le monument, à gauche, et la préfecture au fond
Dimanche après-midi, les élus du CeDPA (Collectif des Élus Doutant de la Pertinence de l'Aéroport) , au vu de l'habituelle fin de non-recevoir du préfet, n'ont pas hésité à s'enchaîner aux grilles de la préfecture. Les sympathisants et militants ont été invités en urgence à venir les soutenir. Heureusement, le temps d'arriver près du monument aux martyrs de Chateaubriant, il n'y avait plus personne : le préfet avait enfin consenti à recevoir une délégation de cinq personnes.

Malheureusement, on voit bien que le préfet de région lui-même a reçu des instructions. En deux heures de palabres, il n'est rien sorti de positif. Refusant d'emblée de se positionner sur le fond, soit une vraie concertation dossiers et chiffres en mains sur la pertinence même du projet Notre-Dame des Landes, les autorités se contentent de conditionner le retrait des casseurs en bleu à "un retour au calme" des défenseurs du site : mais quand les hommes en bleus ne sont pas là, ils sont très calmes ! Elles et ils épluchent les patates, réparent cabanes, maisons, re-sèment ou replantent, soignent les blessés... Ce qui fait dire aux autorités "Il n'y a pas de blessés" : bien sûr, ils sont soignés sur place au lieu d'aller à l'hôpital.


Déjà grève de la faim en avril - Françoise Verchère au centre
Pourtant, les élus assurent qu'il ne peut y avoir un dialogue, aussi longtemps que les violentes attaques des hommes en bleu continuent. Et bien entendu, ce dialogue doit porter sur le fond, et la pertinence même d'un projet "hors sol", complètement irréaliste, inadéquat, surtout là où des "experts" ont voulu le positionner (une zone à 98% humide, chiffre bizarre mais qui tient compte du fait que les routes, elles, sont sèches pour l'essentiel).

aéroport Nantes Atlantique
Hier, au cours de ce rassemblement de soutien, j'ai eu l'occasion de discuter avec l'un des pilotes qui "pratiquent" Nantes Atlantique régulièrement : lui et ses collègues sont contre un projet qui n'apporterait rien, alors que la simple construction d'une piste orientée différemment sur le terrain actuel éliminerait la plupart des nuisances : quant au risque, il doit être faible pour que cet aéroport-là précisément vienne d'être hissé sur le podium. Pas de chance pour ceux qui voudraient le dénigrer !

Quant aux données sur ce qui s'est passé hier, je les ai eues pour l'essentiel en direct, l'homme avec qui je parlais sur le parvis ayant eu devant moi un coup de fil de Françoise Verchère qui lui confirmait les évènements survenus un peu plus tôt dans l'après-midi. Elle était à la tête de la délégation reçue par le préfet.

Il s'agit là non d'un litige localisé, porté par des paysans rétrogrades et des squatteurs illuminés, mais d'un vrai débat de société et de pari sur l'avenir. A l'heure où le pétrole est 4 fois (au moins) plus cher qu'à l'établissement du projet, où le nombre de mouvements à Nantes Atlantique plafonne désormais au tiers ou au quart de la capacité en décollages-atterrissages (seul critère valable), où les besoins en eau, en terres arables deviennent essentiels (l'équivalent d'un département français disparaît tous les dix ans de bonnes terres remplacées par des infrastructures diverses, maisons, routes, chemins de fer, etc), sacrifier pour rien au béton de Vinci vingt mille hectares dans la principale zone d'élevage laitier de Loire-Atlantique peut sembler un canular. Incidemment, cela mettrait sur la paille cinq cents personnes liées à cette filière de façon plus ou moins directe.

Est-il possible que des responsables nationaux fassent passer leur allégeance à des intérêts privés, en l'occurrence ceux de Vinci, avant l'indépendance alimentaire de notre pays ? Face à un tel blocage, à de telles aberration, il ne reste plus qu'à exiger leur démission. Incompétence, aveuglement, entêtement, aliénation à des groupes de pression financiers et industriels, ces responsables sont probablement soumis à plusieurs de ces facteurs, donc ne sont plus crédibles. Qu'ils partent tout de suite, et qu'un sang cette fois nouveau vienne les remplacer.

D é m i s s i o n !

dimanche 25 novembre 2012

Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps (Pierre Deruelle)



Il le faut. Je répercute ici un bilan écrit par Pierre Deruelle, de tout l'historique de Notre-Dame des Landes. Édifiant. Tout est vrai, mais tout est ici rassemblé dans un seul texte.

Voici ce texte exemplaire, à faire passer partout tant il explique tous les enjeux.


Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps

Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps 

Bon, c’en est assez. Moi ça me fait peine. Beaucoup trop de contre-vérités sont énoncées quotidiennement sur l’affaire d’Aéroport Grand-Ouest, appelé vulgairement NDDL par les supporters de la bande de squatteurs basanés polygames crypto-anarchistes néo-staliniens qui ne se lavent même pas tous les jours. Il est peut-être temps de prendre UN PEU de hauteur, de dépassionner le débat, et de ramener UN PEU de sérieux sur ce sujet de haute voltige.

Un peu d’histoire(s)

 Le site de Notre-Dame-Des-Landes fut choisi en 1967 (selon les normes européennes environnementales et de préservation de la biodiversité qui devaient à l’époque déjà probablement être les mêmes qu’aujourd’hui) par le Service technique des bases aériennes, puis validé en 1970 par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire pour remplacer le “déjà” actuel aéroport de “Nantes Atlantique” notamment pour y développer le fret, et aussi un peu pour pouvoir accueillir fièrement le tout nouveau Concorde. Mais si, vous savez, cet avion qui a eu un petit souci le 25 juillet 2000, tuant 113 personnes, et qui ressemblait à un burn-out de cigogne sous extasy avec une paire de Ray-Ban.

S’il semble aujourd’hui – mais je m’avance un peu peut-être – que le projet n’accueillera finalement pas le Concorde, dès mai 1967, les autochtones du crû les plus civilisés pouvaient déchiffrer dans la presse locale avec leurs quelques rudiments de langue française que “La métropole Nantes-Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire”. Les hommes politiques et leurs experts avaient parlé. Et tout le monde sait ça, ils tiennent toujours leurs promesses.

En 1971, une vague histoire de choc pétrolier mit semble-t-il un peu de sable d’embargo de pays arabes de l’OPEP dans le moteur du projet de nouvel Aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Enfin, comme ces problèmes de pétrole sont définitivement derrière nous, ne vous inquiétez pas, l’histoire peut reprendre son cours.
Après ces quelques années de trafic stagnant, dans les années 80 la CCI qui gérait Nantes Atlantique posa la question totalement saugrenue de construire une nouvelle piste perpendiculaire à l’existante, qui eu permis aux avions de ne plus survoler Nantes. C’était sans compter sur l’avis du Conseil général de l’époque qui considéra qu’importaient peu trajectoires rectilignes, sens des vents dominants, et beaucoup moins de nuisances sonores sur la population : “Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre Dame des Landes”.

La solution retenue par les experts fut donc de prolonger la piste existante, très mal orientée selon les pilotes et par voie de conséquence selon les riverains qui ne comprennent décidément rien aux expertises des experts agrées par des hommes politiques experts dans l’art d’agréer les experts des expertises.

Les mêmes experts de prévisions de trafic de l’époque annonçaient donc entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000, et comme vous l’avez compris puisqu’ils ne se trompent jamais, l’aéroport de Nantes Atlantique en accueille aujourd’hui 3,2 millions par an.
Heureusement, en 2000, sous le gouvernement Jospin, parce qu’on peut être de gauche et moderne, le projet ressortit enfin des cartons.
Mieux qu’un aéroport de fret, un aéroport international ! Il remplacerait partiellement l’existant restant en fonctionnement pour la société Airbus, qui heureusement pour les riverains ne fait jamais décoller d’avion. Quel rêve merveilleux pour les hommes politiques locaux de s’imaginer accueillir à bras fiscaux ouverts les hommes d’affaires du monde entier apportant la croissance et la mondialisation dans leurs valises en descendant de gros aéronefs sur deux pistes neuves ! Et quel argumentaire économique merveilleux pour un programme de réélection à un mandat local ! Faire décoller et atterrir des avions c’est un peu magique non, vous ne trouvez-pas ?

L’actuel aéroport de Nantes Atlantique .

La France compte plus de 156 aéroports, contre 44 en Allemagne et 43 en Grande-Bretagne. S’il faut bien qu’on les batte sur quelque chose, c’est fait.

L’aéroport actuel de Nantes-Atlantique s’étend sur 320 hectares. Sa piste mesure 2.900 mètres par 45 mètres, et a été bétonnée en 1939, parce que l’herbe, c’est quand même plus pratique pour jouer au golf que pour faire atterrir mamie qui rentre des Seychelles. Cette piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, même s’il n’y en a que 10 à 12 actuellement, mais c’est un argument de gauchiste en tongs pas rasé.

Le décret n° 2001-705 du 31/07/2001 a inscrit l’aéroport de Nantes Atlantique parmi ceux sur lesquels l’Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires (ACNUSA) a des compétences élargies (10 aéroports en France). Traduction : il casse les oreilles à 42 000 personnes, mais comme  le nouvel aéroport va arriver, on ne va surtout pas construire une nouvelle piste orientée correctement, ni même régler les questions de gestion du trafic aérien.

Forcément, il a toujours un collectif de crypto-anarchistes pilotes de lignes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes pour affirmer que “30 % des avions qui survolent le centre-ville pourraient l’éviter en passant par le sud de l’agglomération”. Comment croire Thierry Masson, cet officier-pilote de ligne de 50 ans basé à Nantes qui a tout du conspirationniste notoire quand il déclare : “Deux tiers du trafic transitent par le sud-est de l’agglomération. J’aimerais bien savoir pourquoi, en arrivant de Limoges, de Poitiers ou de Bordeaux, il faut faire un détour par le nord-est de l’agglomération et survoler le centre de Nantes

Par sa superficie, Nantes-Atlantique a déjà la dimension d’un aéroport international.
En 2011, pour 60 800 mouvements (les décollages/atterrissages sont un peu les pompes/abdos du contrôleur aérien) l’aéroport à reçu 3,2 millions de passagers.

Sa surface est plus grande que celle de l’aéroport de Londres-Gatwick, qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements par an et reçoit 31 millions de passagers, et quasi-égale à celle  de l’aéroport de San Diego, en Californie (USA) qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine 17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

En fait, ce qui sature un aéroport ce n’est pas le nombre de passagers mais bien évidemment le nombre de décollages/atterrissages, et sur ce point Nantes Atlantique est passé de 54 858 mouvements en 2007 à 60 800 mouvements en 2011. En suivant cette courbe, Nantes Atlantique devrait atteindre les 200 000 mouvements en 2750 après la troisième apocalypse, quand Nantes sera devenue la capitale du monde.

Du coup, Nantes-Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, ce qui est donc une excellente raison pour en construire un nouveau.
Cerise on the cup-cake, il y a donc une usine Airbus en bordure de la piste de Nantes-Atlantique qui emploie 2300 salariés à la fabrication notamment des radômes (extrémités avant des avions) et des caissons centraux de voilure de toute la gamme Airbus, pièces qui partent pour assemblage à bord du Beluga, l’avion-cargo d’Airbus. Que se passera-t-il pour Airbus si Nantes-Atlantique ferme ? Airbus ne va quand-même pas délocaliser sa production ? La piste sera donc privatisée pour son bénéfice ? A moins – idée lumineuse – qu’on refile l’un des aéroports européens les mieux notés aux bons soins de Vinci, qui saura bien en faire quelqu’usage rentable : les bâtiments de l’aéroport seront peut-être transformés en skate-park, en agence Pôle-Emploi, ou en crèche pour les futurs pilotes de ligne.

“Un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”

[Jean-Marc Ayrault]
Suite à une enquête publique conclue fin 2006, la Commission d’enquête remit en avril 2007 un rapport au préfet de la région Pays de la Loire.

C’est monsieur Bernard Boucault qui était le préfet en poste à l’époque à la préfecture de la région Pays de la Loire. Il avait à peine eu le temps de lire le rapport et de reconnaître le projet d’utilité publique qu’il fut nommé en juin 2007 directeur de l’ENA, jusqu’à 30 mai 2012 où il fut nommé au poste de préfet de police de Paris. Comme quoi même faire les grandes écoles n’empêche pas de finir au poste.

C’est monsieur Bernard Hagelsteen qui lui succèda le 20 juin 2007 au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique. Une carrière à talonnettes que celle de monsieur Bernard Hagelsteen : en 1984 il devint secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, puis obtint entre 1989 et 1992 le poste de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, et plus récemment celui de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance. Proche collaborateur du ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, Bernard Hagelsteen avait eu pour tâche de préparer et de défendre la loi sur la prévention de la délinquance, promulguée en mars 2007.
Un mois après l’élection de Nicolas, Sarkozy, il était donc nommé au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, et héritait donc du dossier du décret d’utilité publique de l’aéroport.

Ce fameux décret d’utilité publique est finalement publié le 10 février 2008, suite à une enquête publique dans laquelle 80 % des contributions faites aux sept enquêteurs étaient opposées au projet. Mais comme on arrête pas le progrès, l’enquête s’est quand même avérée positive pour déclarer une DUP même si sur les sept enquêteurs qui ont fait le travail, deux ont abandonné leur position avant la fin de la commission d’enquête.

Et puisque la mode était à un truc médiatique appelé Grenelle de l’environnement, le décret comportait la réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (norme HQE).
Contesté par la suite devant le Conseil d’Etat, ce décret sera confirmé en 2009 et en 2010.
L’esprit mal tourné pourra s’indigner de ce que la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’Etat fut Madame Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen en charge du décret en question, alors qu’il s’agit bien évidemment du fruit du hasard. Un hasard qui valait bien que Madame Monfraix-Hagelsteen fut élevée au grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 13 Juillet 2009, ce qui n’a strictement rien à voir, nous ne salirons pas ici la mémoire une femme irréprochable, décédée depuis.

Le hasard total également si son époux désormais veuf monsieur Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutes, puis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci. Vinci en charge du projet du nouvel aéroport. Tout ne peut pas être dramatique, le hasard fait parfois bien les choses, n’en déplaise à la loi dite de pantouflage concernant les représentants de l’état.

Les scénarios d’optimisation de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique n’ont pas été posés, les solutions alternatives n’ont pas été étudiées : aucun intérêt, puisqu’on fait l’aéroport Grand-Ouest de NDDL. Quand au Grenelle de l’environnement, qui préconisait l’étude de solutions alternatives pour les projets à fort impact environnemental, c’est de toute façon aujourd’hui un truc complètement dépassé, d’ailleurs on en parle même plus à la télévision. J’en ai discuté avec un lobbyiste du bétonnage pas cher, on vous jure mordicus que la norme HQE ça sert à rien.

Alors certains viendront braire que la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situait dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Et vont s’imaginer que pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop fortes, on préfère se débarrasser de l’aéroport et en construire un nouveau.
Et pourquoi pas aussi fantasmer sur les soit-disant appétits économiques des soit-disant lobbies du BTP, tout ça parce que les Président et Directeur général de VINCI ont pu faire ensemble quelques voyages au Cambodge avec monsieur Thierry Mariani.
Écoutez plutôt Jean-Marc Ayrault, un homme qui a eu une vision prophétique de la magnificence de Nantes et lui souhaite “un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”. Mais si, vous savez, Jean-Marc Ayrault, l’homme qui a réussi à rendre François Fillon charismatique : ancien maire PS de Nantes depuis 1989, ancien député, ancien président du groupe socialiste, il est aujourd’hui conseiller municipal de Nantes, conseiller communautaire de Nantes Métropole (qui participe au financement du projet) , et accessoirement semble-t-il 1er ministre.
Nantes-sur-Ayrault la sublime, nouvelle capitale française : Pensez-donc, avec 1 650 hectares cet aéroport de Notre Dame des Landes (toutes infrastructures comprises) sera donc plus grand que la surface aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle qui accueille sur 1 400 hectares 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an (pour une surface totale de 3.257 hectares). Si avec ça Nantes-sur-Ayrault ne devient pas Nantes-sur-Ayrault-la-magnifique …

Veni, Vidi, Vinci

Donc, le 30 décembre 2010, Thierry Mariani, secrétaire d’Etat chargé des transports, a paraphé le contrat de concession du nouvel aéroport Grand-Ouest. Signé par la société concessionnaire des aéroports du Grand Ouest, filiale de VINCI Concessions (85 %), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes (10%) et Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO – CIFE) (5 %), il est entré en vigueur le 1er janvier 2011.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Vinci a obtenu la reprise de l’exploitation des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire Montoir, en plus de la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport du Grand Ouest Notre-Dame des Landes pour une durée de 55 ans.

Ce projet ultra-moderne déposé par Vinci présente deux pistes de 2.700 et 2.900 mètres : trop courtes pour y faire atterrir des A 380, mais comme les gros porteurs ne sont pas trop à la mode, on s’en dénoyaute la cerise. Puisqu’on vous dit que c’est ultra-moderne. Faut suivre un peu.

Deux pistes pour 4 millions de passagers. Une bande de sauvages autochtones qui vit là-bas, l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes) soutient qu’il n’existe aucune règle européenne allant dans ce sens. Peut-être, mais qu’est-ce qui leur dit que demain on ne va pas construire 8 pistes supplémentaires à Roissy, avec 60 millions de passagers sur 4 pistes ? Le bon sens n’est pas toujours près de chez vous, vous diront les experts.

Le projet devrait coûter 561 millions d’euros (aucun budget de dépassement n’a été prévu vu que ça n’arrive jamais sur des gros chantiers), ce qui heureusement en période de crise est une somme tout à fait modeste parfaitement employée. Ce n’est pas comme si avec 561 millions d’euros on pouvait créer des logements, financer des projets écologiques, faire de la recherche… Une paille donc, mais dans l’oeil.
La répartition de l’enveloppe globale s’établit comme suit :
  • Vinci apporte autour de 310 M€ des 441 M€ évalués pour la réalisation de la plateforme aéroportuaire qui se répartit comme tel :
- 100 millions d’euros c’est le résultat du bénéfice fait sur Nantes Atlantique entre 2010 et 2017 (sic!)
- 100 millions d’euros empruntés sur les marchés financiers cautionnés par les collectivités locales, noir sur blanc dans le cahier des charges (re-sic!)
- 100 millions d’euros des actionnaires de Vinci avec un rendement annuel de 12 % imposé.(re-re-sic!)
  • L’Etat (130,5 M€) et les collectivités publiques (115,5 M€) se sont engagés sur une contribution publique totale de 246 M€, financement partagé au travers d’un syndicat mixte comprenant :
- Les Conseils régionaux des Pays de la Loire (40,4 M€) et de Bretagne (28,9 M€),
- Le Conseil général de Loire-Atlantique (23,1 M€)
- Nantes Métropole (17,9 M€)
- La communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (2,9 M€) et celle de La Baule-presqu’île de Guérande (2,3 M€)

On rappellera tout de même que lors du débat public de 2002-2003, le baril de pétrole (brent) était entre 30 et 40 dollars. Aujourd’hui c’est plutôt autour de 100 dollars le baril, mais ça n’a évidemment aucune sorte d’importance.

Cinq enquêtes publiques se sont déroulées du 21 juin au 7 août 2012. Quelque 400 contributions ont été déposées ou envoyées aux commissaires enquêteurs, et certains viendront chicaner sur “la précipitation à organiser l’enquête pendant l’été, avant l’entrée en application de la réforme des enquêtes publiques, ce qui a permis à l’Etat d’organiser la procédure conformément à l’ancienne règle, alors que la nouvelle aurait permis une instruction plus longue”.

Il y aura bien des pisse-froid pour venir arguer également que les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.

Que normalement ce projet ne peut satisfaire aux exigences de la loi sur l’eau, mais heureusement l’Etat et Vinci proposent une solution, dite loi-du-contournement-de-la-loi, qui permettrait de passer outre : le concessionnaire Vinci-Aéroport du Grand Ouest aurait recourt à des « unités de compensation zones humides » calculées selon des coefficients de 0,25 à 2 pour évaluer l’intensité de la réponse compensatoire des mesures.

Bon ok, c’est un peu violer la loi française et la directive européenne cadre sur l’eau, parce que normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides. D’accord, il n’est donc pas possible de compenser, l’approche retenue par AGO en termes de fonctionnalités n’est pas viable, mais bon puisqu’on vous dit que tout ça c’est pour le développement économique. L’état a bien le droit de contredire ses propres directives, sans compter qu’en 2012, on s’en fout de l’eau, après tout.
Les indemnités proposées aux propriétaires qui sont priés de dégager illico de la zone avant l’arrivée des pelleteuses sont de 16 centimes par m². Quand on sait que l’un d’eux a par exemple acheté son terrain 24 centimes par m² en 1977, ça laisse rêveur.

Il paraîtrait aussi que le marché des émissions de CO², qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis dans les études. Comme ces trucs de CO² sont encore de lubies de baba-cools avec des fleurs sur leurs sandales en cuir, on en tiendra évidemment pas compte.

D’autres empêcheurs de bétonner en rond viendront pérorer que la concurrence du TGV n’a pas été prise en compte. Mais qui prend encore le TGV entre Nantes et Paris de nos jours ?

Et comme si la nouvelle liaison TGV Rennes-Paris prévue pour 2020-2025 allait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes. N’importe quoi.

D’autres encore vous expliqueront que la construction du tram/train depuis Nantes, estimée à 150 millions d’euros, n’est pas prise en compte dans le projet, alors que ses effets sont inclus dans le calcul de bénéfices pour la société Vinci. C’est juste parce qu’ils ne savent pas anticiper sur les bénéfices que réalise le privé à partir des investissements des deniers publics. En attendant, vous viendrez à l’aéroport en voiture et vous paierez le parking, à Vinci bien sûr, qui a obtenu le passage dans le projet de 7 000 à 11 000 places de parking tandis que les pistes ont été revues à la baisse faute de moyens.

En terme d’emploi, de drôles de sbires contestent l’étude estimant que 1000 emplois sont crées par million de passagers tout ça parce qu’elle se base sur les statistiques des trois grands hubs internationaux qui comptent également le fret, alors qu’en France, pour les aéroport régionaux la norme est de 256 emplois par million de passagers. Les gens sont vraiment tatillons quand il s’agit de leur boulot, c’en devient pénible.

A contrario, l’étude de Déclaration d’Utilité Publique nous explique – c’est un ravissement sans égal quand on fait de la politique – que l’aéroport Grand-Ouest de Notre-Dame-des-landes rapportera entre 600 et 700 millions d’euros à la collectivité. N’en déplaise à l’étude du cabinet CE-Delft de 2011.

D’ailleurs qui s’intéresse à l’avis d’un cabinet hollandais, organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans les solutions innovantes aux questions environnementales, qui alerte sur les risques d’un déficit entre 90 millions et 600 millions d’euros selon les scénarios, et auteur il y a quelques années d’un rapport ayant contribué à l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow à Londres ? Surtout quand il conclue que l’optimisation de Nantes-Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Franchement, on s’en fout un peu, qui va aller tenir compte de ça, sérieusement ?

Certainement pas Vinci, qui nous propose un monde merveilleux à Notre-Dame des landes :
De 4 millions de passagers à la mise en service, le trafic (actuellement 3,2 millions par an à Nantes-Atlantique) passera à “9 millions de passagers par an d’ici 2065” (ils sont aussi fins démographes). C’est promis. Vinci réduira aussi “la consommation d’énergie par 3 par passager”. Vinci utilisera des “techniques de construction innovantes pour l’ensemble du chantier”. Vinci aura un “bilan carbone positif sur la durée du projet en intégrant la construction”. Vinci est tellement balèze qu’à l’extérieur, “les jardins diffuseront les parfums spécifiques des essences locales” (si si, c’est dans le projet). Comment ne pas être émerveillé par l’odeur de la nature en patch ? Encore un peu de forcing et les agriculteurs du coin pourront même peut-être négocier des horaires de diffusion des odeurs de bouse de vache, ça leur rappellera le bon vieux temps.

Libérer des terrains de l’aéroport Nantes-Atlantique, dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global (en fait l’aéroport nous emmerde un peu dans nos projets) : “Selon l’Insee”, répète le commandeur Jean-Marc Ayrault, “Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030”. En urbanisme, on appelle ça régler le problème par le vide. En politique et nombre de voix, on appelle ça régler le problème par le plein.

Et qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ?

Vinci, bien sûr. (Vous aviez deviné ? vous avez gagné le droit de financer le projet NDDL).
Décidément, nos politiques sont des génies, mais les gens de chez Vinci, ils sont vraiment trop forts.

PS : On me dit que sur place, le dialogue bat son plein, emmené par un Manuel Valls grand amateur de débats démocratiques. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, en comptant les avions.
Ressources :

Une commune si oubliée, Saint Georges de Rex

le port en 1920
Je viens de retrouver, par hasard dans une vieille enveloppe, une petite étude historique concernant Saint Georges de Rex, petite commune des Deux-Sèvres ayant appartenu à l'ancienne province du Poitou. Cette commune a la particularité de posséder un château fort, qui fut probablement édifié pour lutter contre les incursions de Vikings aux VIIe-VIIIe siècles dans ce qui était encore le Golfe des Pictons, depuis comblé par les alluvions. Ce château fort dominait ce qui est le port du village. Je me souviens encore du jour où le notaire de Saint Hilaire la Palud de l'époque (années 50), Maître Édouard Hipault, avait apporté à la maison cette feuille de papier tapée à la machine par lui-même. Érudit, il était passionné d'Histoire, et faisait souvent des recherches dans les archives. Écoutons-le.

UN PEU D'HISTOIRE LOCALE

le lavoir du Richebert
Certains m'ont révélé au cours de conversations, qu'ils seraient heureux de connaître un peu l'histoire de saint Georges .Voici quelques éléments de cette histoire, à partir de quelques notes manuscrites trouvées au presbytère.

Le bourg de Saint Georges de Rex est très ancien. Il est cité en 989 dans une charte concernant l'abbaye Saint Hilaire de Poitiers : "Terra de Ressia" in pago Alninse (Aunis) vel (ou) Niortense (Niort). En 1184 on l'appelle simplement Ressia. Ce n'est qu'en 1226 que nous le trouvons appelé "Sanctus Georgium de Ressia", d'où vient le nom actuel de Saint Georges de Rex.

Un château féodal y fut édifié avant le Xe siècle, mais il fut reconstruit plusieurs fois depuis, et en dernier lieu au XIVe siècle. De ce dernier château il ne reste aujourd'hui que quelques pans de murs, une portion d'une cheminée monumentale et, en partie rasées, les deux tours du pont levis avec les douves.

la Grand'faintane
Les premiers seigneurs de saint Georges de Rex furent les "De REX" qui avaient pris le nom du bourg.

Par le mariage de Marie de Rex, dame de Saint Georges de Rex et d'Amuré, avec Guillaume Barabin, valet, au XIIIe siècle, le château de saint Georges de Rex passa aux mains des Barabin. Marie de Rex vivait encore, en 1271, époque où elle léguait une somme de 25 sous, afin d'acheter 2 sous de rente annuelle pour fonder, dans l'église de Mauzé, un service anniversaire. Elle était alors l'épouse en secondes noces du chevalier Jean de Parençay.

De son premier mariage elle avait eu plusieurs enfants, entre autres Jeanne, dame de Saint Georges de Rex et d'Amuré. Celle-ci se maria après 1271 à Gislebert Chatteigner, chevalier, seigneur de la Meilleraie et lui porta la terre de saint Georges de Rex. Elle mourut avant 1318, et un de ses enfants, Simon, eut alors en partage Saint Georges de Rex.

Jean Chatteigner, le fils aîné de Simon, s'étant trouvé, comme seigneur de Rex, dans la guerre qui se ralluma en Saintonge contre les anglais en 1369, servit pendant trois mois sous le prince de Galles, ayant à sa suite un autre chevalier, et sept écuyers. Mais Jean de France, duc de Berry, s'étant approché de la Saintonge, il fut un des premiers à rentrer dans l'obéissance au roi Charles V. Ce prince, pour le récompenser des pertes qu'il avait éprouvées, lui accordait en 1373 l'établissement d'un marché dans la ville de Saint Georges de Rex, tous les lundis de chaque semaine, et trois foires par année.

le lavoir "des Bicanes" (le vrai nom ancien)
Jean Chatteigner mourut avant 1384.

Une de ses petites-filles, Catherine Chasteigner, épouse en 1395 Constantin Asse, chevalier, seigneur d'Augé et du Plessis, tandis que Geoffroy Chasteigner, son petit-fils, devenait par son mariage, vers 1410, avec Louise de Preuilly, seigneur de La Rocheposay (ville très touristique située sur les bords de la Creuse dans la Vienne, célèbre par son vieux château et ses sources thermales).

L'arrière-petit-fils de Geoffroy Chatteigner, Jean Chatteigner, syr de La Rochepozay, Saint Georges de Rex, La Rochefaton et baron de Preuilly, chevalier de l'ordre de Saint Michel, fut conseiller et chambellan des rois François 1er et Henri II, leur maître d'hôtel ordinaire et gentilhomme ordinaire de la Chambre. Il se trouva en 1524 au fameux siège de Pavie et était guidon de la compagnie des gendarmes de René de Savoie, comte de Villars, grand maître de France. Il reçut en montant à l'assaut de cette ville un coup de mousquet à la jambe dont il resta boiteux toute sa vie. Il fit l'office de maître de cérémonie aux obsèques du roi François 1er. La mort l'atteignit à Toufon le 1er juin 1567.

Un de ses petits-enfants, Henri Louis Chasteigner, fut le célèbre évêque de Poitiers, né à Rome en 1577, pendant que son père était ambassadeur du roi Henri III, auprès du pape Grégoire XIII, et mourut dans le célèbre château de Dissais (non loin de Poitiers) en 1651.

Raoul François Chasteigner, arrière-petit-fils de Jean, né en 1605, prit le titre de comte de Saint Georges et son petit-fils, Eutrope Alexis, celui de marquis de saint Georges. Le marquis de Saint Georges épousa en 1712 Éléonore de Mesgrigny, marquise de Sonnivet, et à son décès survenu en 1760, il ne laissa qu'une fille. Cette dernière appelée Marie Éléonore Armande, s'unit en 1741 à son cousin Jean Henri Chasteigner, chevalier, seigneur de Rouvre, dit le marquis de Chasteigner, qui devint par la suite seigneur de Saint Georges de Rex.

Lorsque la révolution éclata, le château de Saint Georges de Rex était encore la propriété des Chasteigner, mais en état de vétusté. Vingt ans plus tard il était aux mains du sieur Dubois de Conval, de Paris. Aujourd'hui toute l'ancienne terre de saint Georges de Rex est divisée, ayant été vendue au détail au milieu du siècle dernier [donc du XIXe]. La cour du château est en jardin.

le lavoir "Durabian"
En outre du "château et forteresse" le bourg possédait une autre seigneurie, moins importante appelée "la Lombarde". En 1789 la seigneurie de Lombarde appartenait à la famille Grelet des Prades. Actuellement, l'emplacement de sa garenne sert de champ de foire et son logis est transformé en maison de ferme. Sous l'ancien régime, il y avait à Saint Georges de Rex deux fours banals, celui du château et celui de Lombarde.

Saint Georges de Rex possédait autrefois une étude de notaire, qui a été transférée à Saint Hilaire la Palud en 1828, des chirurgiens, des médecins... Aujourd'hui c'est un modeste bourg, dont les ruines du château et les sculptures de quelques fenêtres de vieilles maisons rappellent seules le souvenir de sa grandeur d'antan.

autel XVIIe siècle
L'église paroissiale a été édifiée en 1881 et 1882 pour remplacer l'église du prieuré qui tombait en ruines. Jusqu'en 1648, date du transfert de l'évêché de Maillezais à La Rochelle, les prieurés d'Amuré et de Saint Georges de Rex ainsi que la cure de ce dernier lieu dépendaient de l'archiprêtré de Mauzé qui faisait alors partie du diocèse de Saintes.

L'église d'Amuré était dédiée dès le XIIIe siècle à la bienheureuse vierge Marie.

D'après un rapport fait par Auguste Bergeron, architecte à Niort, le 26 août 1876, au maire de Saint Georges de Rex, sur l'état de l'ancienne église prieurale et curiale de Saint Georges de Rex, celle-ci située à 800 mètres du bourg était alors en très mauvais état. Elle se composait d'une nef, d'un bas-côté et d'une petite tour servant de clocher. La nef et le bas-côté ayant perdu leurs voûtes qui devaient être ogivales, un plafond en tenait lieu.

L'autel en bois de l'église actuelle est du XVIIe siècle ; c'est celui de l'ancienne église prioriale du prieuré de Saint Georges de Rex.

samedi 24 novembre 2012

Aéroport de Nantes : Valls dénonce les "professionnels" de la violence (titre du Novel Obs)

Compte tenu de la façon dont se déroule cette opération qui dure depuis tout de même depuis cinq semaines, compte tenu des blessés assez nombreux finalement, y compris de ceux des assaillants qui sont tombés d'eux-mêmes d'arbres ou de bâtiments, ne serait-il pas permis de s'avouer un gros paradoxe ?

Ce serait en fait le ministère de l'Intérieur, via le préfet et les sous-préfets appelés à la rescousse, qui serait fauteur de violences. De façon "très professionnelle" d'ailleurs (!!!). Les défenseurs de la zone à défendre ne peuvent opposer à cette violence que quelques bouteilles vides, quelques pierres, voire des carottes ou des poireaux... c'est dire la différence !

Ah ! Si le gouvernement était beau joueur, il avouerait qu'il a perdu. Les renforts ne cessent d'arriver, les anciens de la région sont de plus en plus solidaires avec les ZADistes, les manifestations se répandent dans tout le pays, voire à l'étranger.

Et pendant ce temps-là les recours "tous tombés" continuent, y compris cette sujétion importante de la loi sur l'eau que les promoteurs du projet n'ont pas l'air de savoir résoudre dans un délai et selon des coûts raisonnables.

Pour masquer cette belle épine dans son pied, le gouvernement fait intervenir ses professionnels de la violence (même si ceux-ci y répugnent, et commencent eux-mêmes à se lasser). N'est-ce pas aberrant ? Où est là-dedans la concertation, que les partisans du béton récusent depuis le début ?

Quand la situation devient aussi bloquée,  et pour encore au moins un an, le mieux serait de jeter l'éponge. Le ministre de l'Intérieur s'y résoudra-t-il ? Le premier ministre, qui porta ce projet depuis une dizaine d'années après qu'il eût été abandonné, en conviendra-t-il enfin ? La multinationale Vinci acceptera-t-il ce manque à gagner ? (car lui n'a encore entamé aucun travail, donc tout cela ne lui coûte jusqu'à présent pratiquement rien)

Citoyens, contre l'arbitraire des rois de l'argent, nous allons gagner, les habitants du coin vont gagner, la  Terre entière va gagner. Et parce que de temps en temps il faut bien rire un peu, savourons cette variante de l'arroseur arrosé, proposée par les gens de la ZAD. Santé !

"Le petit caillou est dans les pieds des écologistes qui ont signé un accord de participation au gouvernement"

Le Rosier, une belle ferme après le passage des envahisseurs
Cette déclaration de Matignon ne rend pas du tout compte de la situation. Elle ne prend pas en compte le fait que l'opinion est en train de prendre fait et cause pour les défenseurs de la ZAD, qui ont d'excellents arguments pour contester l'aberration d'une construction anti-écologique, extrêmement onéreuse (bien plus que ce qui fut chiffré par Vinci, comme on peut s'en douter), à la rentabilité très controversée (d'autant qu'en cas  de trou - prévisible - dans le budget, ce sont les contribuables qui paieraient), inutile puisque l'aéroport actuel suffit largement. En tout cas, rien qu'en ce 24 novembre 2012, 45 manifestations au moins sont organisées dans toute la France, prolongeant celles d'hier, et toutes les autres.

Si petit caillou il y a chez les écologistes de gouvernement, qui n'auraient pas dû accepter un tel marché avec le président de la république et le premier ministre, pour un ou deux strapontins, gros caillou il y a dans la chaussure gauche d'un ancien maire de Nantes en train de se faire désavouer à toute allure par ses anciens électeurs.  Accroché à son projet comme le sont certains insectes, il réussit à avoir rallié à sa cause quelques élus régionaux. Cela lui donne-t-il une légitimité ? Bien entendu, non. Il est remarquable que des militants de son parti commencent à déchirer leur carte, pour protester. Son assise, et celle de Solférino, pourraient de ce fait vaciller faute de base pour les soutenir.

Pour être aussi agressif, vindicatif et intolérant, pour refuser toute médiation des verts, pour affirmer avec tant de force sa détermination, ne serait-ce pas que le premier ministre se sentirait désavoué par ses "camarades" de la base ? Malgré cette façade monolithique, ne verrait-il pas s'effriter sa légitimité et celle du président qui le soutient ? En plein aventurisme sur ce dossier, il risque fort de se retrouver en porte-à-faux dans beaucoup d'autres questions à décider ou arbitrer.

Les défenseurs du bocage de Notre-Dame des Landes continuent à être motivés à fond, malgré les avanies que leur inflige le premier ministre, directement ou non. Molestés, bousculés, gazés, cibles de tirs tendus de grenades lacrymogènes ou assourdissantes, parfois criblés d'éclats, ils sont de plus en plus nombreux. Malgré une tentative de propagande les présentant comme des asociaux, des personnages dangereux, ils ont de plus en plus l'appui de la population, bien plus qu'avant ces tentatives de les déloger. Le mouvement s'étend à toute la France, à l'Europe. Celle-ci est en train de se faire, mais pas du tout de la façon dont les dictateurs collégiaux de Bruxelles l'entendent. Ils ont tenté de diviser pour régner, et appliquer leur plan de paupérisation catastrophique en tablant sur la division et l'individualisme : sur ce point-là ils sont en train de perdre.

Après tout, c'est peut-être ce petit caillou qui fera basculer l'Europe, et s'écrouler l'échafaudage patiemment édifié depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Des empires comme Vinci risquent d'y perdre. L'Europe des citoyens, solidaires et tendus vers un but commun où le chômage et la précarité ne sont plus inéluctables, pourrait bien naître des débris de ce culte du veau d'or désavoué et rejeté. Ce que nous avons vu naître à Notre-Dame des Landes peut bourgeonner et se répandre partout, dans la joie et la fraternité.

vendredi 23 novembre 2012

Notre-Dame des Landes : les hommes du préfet attaquent à nouveau

   F L A S H

"Ils" attaquent ! Cinq cents membres des Forces de la Force investissent ce matin le Rosier, le bois de Rohanne et la Châtaigneraie .

Sans préjuger de la résistance physique qui ne manquera pas de se développer pour empêcher cet aéroport fou, il faut toujours dénoncer haut et fort cette folie inutile, hors de prix, alors que les autres projets de Grands Travaux Inutiles sont, eux, stoppés.

Rappelons que des recours sont toujours en cours, malgré les déclarations officielles qui affirment le contraire.

Rappelons que l'ouverture de ce chantier n'empêcherait en aucune façon la continuation des activités de l'aéroport actuel, ne serait-ce que pour le fret. Et bien que l'ancien maire de Nantes affirme le contraire, cet aéroport actuel pourrait facilement augmenter sa capacité si c'était nécessaire : ce n'est même pas le cas.

Les Belles de Rohanne (Citizen Nantes)


Vu sur Citizen Nantes. C'est poétique, c'est vrai, c'est beau.

La Rolandière 
Il m’avait dit : « Viens à Notre-Dame, il y a les belles de Rohanne ». Je crois qu’au départ ma décision de participer à la manifestation vint de cette phrase qui me semblait d’un autre temps. Alors je suis parti comme un enfant choisissant de partir pour la beauté des mots dans un ailleurs qui lui ressemblerait.
 
16 novembre. Il est 19 heures. Les belles de Rohanne sont les fougères et les feuilles rousses des chênes que la brume embrasse en sanglots puisqu’il pleut sous les arbres alors que derrière l’opacité, les étoiles en coulisses se chargent de nous rappeler que la zone est humide à 98% et qu’un aéroport ici prendrait l’eau. C’est cette eau qui nous accueille, qui est partout jusque dans les yeux de ce presque adulte qui criait sur les barricades deux semaines auparavant; elle est comme les cheveux de toutes formes sur les épaules et les crânes de chacun et chacune marchant dans la lumière des phares vers on ne sait quelle destination, d’un pas ferme et sensible.
 
Et les salamandres me direz-vous, beaucoup sont mortes sous les roues d’un état policier, mais il en reste encore et j’imagine que tous ces corps mouvants dans le brouillard, engoncés dans de larges manteaux, en sont.
 
Point auto-média : j’écoute à moitié le discours des zadistes sur la présence de la presse à la manifestation, nous sommes dans la paille, il fait froid, ils sont présents, ils sont là, débat animé mais courtois, échange de point de vue, paranoïa parfois mais le sentiment d’être uni dans un autre monde qui se déroule sous nos yeux rend les négociations possibles entre reporters indépendants et zadistes.
 
Nous rentrons à Nantes avec en sourdine le regret de n’être que témoin d’une aventure qui nous ressemblerait. Sur la D281 les barricades sont là, dans la lumière des phares, on peut voir qu’il y a eu bataille au Sabot au Far-West, au pied d’un horizon qui ne dira son nom qu’au lendemain de ce vendredi soir ouaté, drapé d’une douceur comparable à celle que j’ai tant aimé au sahel. Parce que c’est un rivage aussi, ou plutôt l’estran d’une société qui prend la flotte.
 
NDDL_18-11-12-25.JPG

La Vache Rit
17 novembre. Il a fallu y être tôt. Voir le ballet des tracteurs, les files de voitures, les courants d’êtres humains se faufiler entre les rythmes et les rires, sentir la boue marquer nos pas comme autant de traces de notre présence dans ce cortège interminable où l’eau c’était la parole, les mains, les yeux mouillés, les chants, les charmes, où les bennes transportaient des matériaux, du bois, du métal, pour construire ensemble un refuge contre des oiseaux de feu. Aucune appartenance. Néo-ruraux, familles, paysans, handicapés, punk, rastas, autonomes, une seule tribu avec une seule voix, celle de nos milliers de pas sur la terre comme autant d’invitations à battre, non le pavé mais ce foutu béton qui fera qu’un jour, il sera impossible de vivre ici.
 
Puis un café s’est fait ressentir, nous nous sommes arrêtés à la Vache Rit pendant que d’autres ont continué jusqu’au chapiteau. Sous une grange, un tas de vêtements, de la nourriture offerte, de l’entraide, de l’humanité, du possible et du vrai. Je repense à ces écrivains qui aurait aimé être là, Perros, Augiéras, Dietrich et d’autres, alors je rentre, je pleure un peu de voir autant de bienveillance, de franchise et d’espoir. Les mots me manquent pour dire, simplement dire l’humanité concentrée en ce lieu où s’échangent les sueurs, les vies et les chants. Parce qu’un enfant maquillé joue du tambour, qu’un homme psalmodie un texte en improvisant sur deux lignes d’orgues, parce que des squatteurs se retrouvent, parce que des familles circulent, curieuses et engagées au milieu de ce que certains pourraient appeler un chaos, mais qui est pour moi le simple preuve que la vie est là et qu’elle surgit n’importe où sans crier gare.
 
Il fait déjà nuit, le temps est élastique, je pense à la complainte de Mandrin, aux fougères, aux belles de Rohanne, à l’élégance de danses improvisés, mes yeux se ferment un peu, je suis sur le siège d’une voiture bercé par ces voix qui me réchauffaient enfant, quand ma mère laissait la porte ouverte et qu’elle discutait avec des amis, participant mais témoin offrant à ma somnolence l’assurance d’une humanité bienfaisante et incarnée.
 
NDDL_18-11-12-9.JPG

Saint Antoine
18 novembre. Je ne pouvais pas repartir sans y retourner, voir un monde se construire dans la forêt, apercevoir les rêves derrière chaque coup de marteau, prendre les chemins chargés de matériaux pour des maisons que l’on sait vouées à la destruction mais qu’il faut faire quand même parce qu’on sait aussi que tout cela n’est pas vain, puisque des centaines de personnes s’en souviendront comme d’une exceptionnelle entreprise collective, une somme de désirs réunis en un seul, celui de lutter contre un monde qui ne nous ressemble pas.
 
Alors l’aéroport ? Bien sûr que c’est avant tout le combat qu’ils mènent. Mais il y a une autre lutte en sourdine, celle de l’être humain qui veut retrouver un monde à sa mesure, celle de la terre, de l’eau, de l’arbre et du mot.
 
Et c’est ce mot : Zadiste que j'emporterai avec moi comme on fait sienne une nouvelle identité qui cristallise tous les combats avec un seul prénom offert aux médias pour plus d’anonymat : Camille.
 
Merci.
 
Rodolphe Respaud - 19/11/2012

Articles de la même catégorie

  • Revue de presse projet d'"Aéroport du Grand Ouest" de Notre-Dame-Des-Landes
    Mise à jour 22/11/2012 Cette revue de presse non exhaustive a commencé en août 2009. Elle reprend des éléments (vidéos, articles, arguments...) sur le projet d'Aéroport de...
  • Les Belles de Rohanne
    La Rolandière  Il m’avait dit : « Viens à Notre-Dame, il y a les belles de Rohanne ». Je crois qu’au départ ma décision de participer à la manifestation vint de cette phrase...
  • "Beau comme un car de police en feu"
    Beau comme un car de police en feu Vous pourrez réfléchir longtemps sur le rôle de l’art dans la société, gloser indéfiniment sur l’engagement des artistes dans le...
Voir tous les articles de la catégorie "Spécial Notre-Dame-Des-Landes"