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dimanche 30 juin 2013

Pourquoi la guerre (Michel Weber)

"La guerre, puisqu'il faut l'appeler par son nom
La guerre, capable d'enrichir en un jour l'Achéron..."

Les vers de La Fontaine ont été modifiés légèrement pour les besoins de la cause. Il fallait  introduire ce dur constat, publié ce matin sur Le Grand Soir. La guerre n'est pas une fatalité, mais un instrument au service des mêmes, toujours les mêmes. Ceux qui ont pignon sur rue dans les paradis fiscaux, et en particulier dans le coordinateur et le maître de ceux-ci, la Fameuse Cité de Londres, un État indépendant de fait, sinon de droit. Un État grand comme l'île de Bréhat, mais qui comporte presque autant de banques, et les plus grandes, que cette île n'a d'habitants.

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Une société sans guerre(s) est peu probable. Une société capitaliste sans guerres est impossible.

Pourquoi la guerre ?


Une société sans guerre(s) est peu probable. Une société capitaliste sans guerres est impossible.On peut le montrer très facilement en systématisant les éléments d’analyses parfois épars que l’on retrouve chez Orwell et Mumford, mais également chez des auteurs contemporains comme Noam Chomsky, Jacques Pauwels et Annie Lacroix-Riz. (Afin de proposer une démonstration courte, je n’examine pas la définition du capitalisme par la "croissance".)
Le pourquoi de la croissance, c’est la possibilité de mettre en œuvre une politique d’obsolescence sous ses formes cardinales. Force est cependant de constater que l’obsolescence ne parviendrait pas, à elle seule, à rencontrer le défi de la surproduction — qui est énorme et qui demande un moyen bien plus radical, un moyen qui travaillera à la fois en amont et en aval, un moyen qui formatera et le producteur et le consommateur. Ce moyen, c’est la guerre.

Je ne parle pas de la guerre économique que tous les acteurs sont censés se livrer en permanence ; je ne parle pas non plus de la guerre sociale larvée dans laquelle vivent les individus conformes et atomisés (à la Machiavel ou à la Hobbes) ou de la guerre des classes (de Marx et Engels) ; je parle de la guerre en tant que production industrielle capitaliste. On ne trouvera rien de métaphorique ici.

La stricte corrélation qui existe entre capitalisme et guerre a été pressentie entre autres par Karl Marx, Jean Jaurès, Georges Sorel et William James avant d’être analysée par Werner Sombart et Vladimir Lénine, mais surtout par Lewis Mumford (1932) et George Orwell (1949). Du point de vue de ces analyses, justifier la croissance équivaut à légitimer la guerre. On distinguera à leur suite trois types de fonction martiales, étagées selon leur degré d’évidence. Remarquons que chaque degré est directement corrélé à l’importance factuelle de la fonction, la moins évidente étant la plus fondamentale.

Primo, les fonctions visibles sont stratégiques et tactiques. Il s’agit bien sûr de la défense nationale, mais cette notion simple est en fait susceptible de subir certains aménagements cosmétiques. S’agit-il de défendre son territoire stricto sensu (à la suisse) ou ses intérêts stratégiques (sur le mode us-américain) ? Le premier est clairement défini et la mission des armées de même ; les seconds peuvent porter sur des enjeux très éloignés dans l’espace et dans le temps, au point qu’une guerre sans fin contre « l’empire du mal », « la drogue » ou « la terreur » est tout à fait concevable.

Ensuite, l’attaque préventive pour des motifs oiseux ou simplement fictifs est maintenant pratiquée en dehors de tout cadre juridique international – à moins que celui-ci ne s’avère manipulable sans efforts.

Enfin, depuis 1971, l’attaque délibérée pour des motifs « politiques » peut être baptisée « guerre humanitaire » sans soulever aucun tollé chez les observateurs avertis. La guerre c’est la paix.

Secundo, les fonctions liminales nous mettent en présence de trois grands archétypes. Par définition transhistoriques, on les retrouve dans toutes les sociétés et quasiment dans toutes les communautés.

La religiosité renvoie au sacrifice tragique du guerrier et aux mythes primitifs ; mourir et donner la mort mettent en contact avec l’Ultime. La pratique de la guerre est proprement sacramentelle (cf. Eliade).

Ensuite, les vertus martiales nous renvoient à un ensemble de valeurs mâles, soi-disant morales, fondatrices de l’État : la discipline de fer, l’intrépidité, le mépris de la douceur et de l’intérêt personnel, l’obéissance aveugle, etc.

Enfin, cette abnégation assure la cohérence sociale (cf. Girard) et constitue une réponse efficace, à défaut d’être élégante, au danger malthusien (sous forme d’eugénisme de sa population et de génocide de l’adversaire). La liberté, c’est l’esclavage.

Tertio, les fonctions invisibles portent plus directement encore sur les mécanismes de contrôle et de stabilisation de la société capitaliste.
Il y a d’abord les fonctions politiques : créer l’unanimité par la distraction et, surtout, préserver les inégalités en exigeant la subordination en face de la menace extérieure, réelle ou imaginaire, immédiate ou annoncée.

Ensuite viennent les fonctions économiques : la guerre permet bien sûr d’assurer l’accès aux matières premières et d’ouvrir de nouveaux marchés si les « partenaires commerciaux » s’avèrent peu sensibles aux arguments purement mercantiles (à la Ricardo) . Elle permet aussi d’écouler la surproduction de tout une série de biens et de services qui n’améliorent pas le sort des masses : il serait impossible de préserver le statu quo politique si les investissements portaient sur des biens socialement utiles (soins de santé pour tous, école démocratisée, infrastructures culturelles et sportives accessibles, autonomie énergétique, …) en lieu et place du socialement inutile.

Enfin, il y a le keynésianisme militaire en tant que tel (que Chomsky a baptisé le « Pentagon system ») : en investissant massivement dans la recherche, le développement et la commercialisation de produits militaires, de leurs précurseurs et dérivés, l’État capitaliste stimule l’innovation technologique, l’emploi et la production industrielle. De plus, il offre des débouchés sûrs : le gigantesque marché militaire est garanti par l’État et financé par les impôts (payés par les pauvres) et les prêts (bénéficiant aux « marchés financiers »). La réticularité de cette pratique digne de la Russie soviétique (qui, soulignons-le, n’a fait que s’adapter, par la force des choses, au militarisme occidental) est tellement profonde et puissante que sa quantification est virtuellement impossible. Un exemple suffira : en 1955, lorsque Chomsky est titularisé comme professeur de linguistique au MIT (Massachussetts Institute of Technology), l’Institut était financé à 100% par trois corps d’armée. Le lecteur naïf s’étonnera d’abord que des travaux aussi abscons que la grammaire générative et transformationnelle soient entièrement financés par le Pentagone. Il ajoutera peut-être que le MIT était à l’époque le centre principal de résistance du mouvement anti-guerre et que, de fait, Chomsky n’a jamais épargné ses efforts pour dénoncer le militarisme impérial des USA.

On admettra en effet que certaines recherches semblent fort éloignées d’une application militaire directe, mais dans le cas de la linguistique, il n’en n’est rien : comprendre la structure fondamentale du langage permettrait en effet de formaliser toutes les langues et de créer des logiciels de traduction universelle (et donc panoptiques) ; du reste, la programmation d’ordinateurs complexes, d’automates performants, de drones et de droïdes passe également par la création de nouveaux algorithmes. Que le MIT soit au surplus un nid de contestataires importe peu — à la condition expresse que ces universitaires contribuent par leurs travaux à alimenter la machine militaire et qu’en tant que contestataires leurs voix se noient dans le bruit médiatique. Si d’aventure elle se faisait entendre très brièvement, l’oligarchie s’empresserait d’y voir la preuve de la liberté d’expression qu’elle autorise avec la bienveillance qui la caractérise.

En dernier lieu, on doit épingler les fonctions psychologiques : la militarisation de la vie sociale renforce l’infantilisation en exigeant l’obéissance – et la confiance – aveugles ; la guerre, lorsqu’elle éclate, brise l’ennui de la vie dans une société mécanisée qui ne propose plus aucun sens à l’existence. Le choc de la réalité est alors vécu comme libérateur. Vivre sur le pied de guerre, c’est vivre vraiment, c’est vivre aux extrêmes. Tout ceci ne présage en rien de la fonction dernière de l’entraînement militaire en général et de la guerre en particulier : prédation, agression et violence constituent des jouissances primitives (au sens de Lorenz, pas de Lacan). La libération du sadisme des oligarques, qui implique la possibilité d’enlever, de violer, de torturer et d’assassiner en dehors de tout cadre culturel (les mots manquent pour nommer cette logique qui n’est rationnelle qu’au sens pervers) sont l’alpha et l’oméga du fondement guerrier de nos sociétés. L’ignorance, c’est la force.

Dernier ouvrage paru : De quelle révolution avons-nous besoin ? (Sang de la Terre, 2013)
Echantillon de publications : http://chromatika.academia.edu/MichelWeber
URL de cet article 21152

vendredi 28 juin 2013

Russie-Amérique : la fin du Reset ? (Alexandre Latsa) - ou dit autrement : le fauve ouvre à nouveau la gueule

A nouveau se dessine un conflit mondial larvé (pour le moment) entre les chacals de l'ouest et les représentants d'un monde plus équilibré, à savoir la Russie et la Chine. Je sais que comme d'habitude certains voudront apporter ici leur grain de sel, que je connais, mais ne partage pas.  On peut penser ce qu'on veut de ces pays-là, sans eux les choses seraient encore plus intenables qu'elles ne le sont même si leur politique, comme celle des autres grands et moyens pays du globe, est sujette à caution. Bien entendu l'Axe WLT reste le moteur de la prédation, rejoint qu'il est par Paris, et renforcé par les tyrannies sunnites du Golfe. Damas est à la fois un enjeu et un prétexte de manœuvres bien plus vastes recouvrant tout l'espace entre Washington et la ligne Baltique-Mer Noire-Caspienne-Indus.

C'est dans ce cadre qu'Alexandre Latsa apporte sa compétence et sa plume à un billet important paru chez Ria Novosti. Il rappelle que l'affaire Snowden ne fait rien pour apaiser le différend, surtout que Obama lui-même fait mine, au moins, de craindre d'autres révélations du lanceur d'alerte héroïque. La Maison-Blanche joue là le très mauvais rôle du prédateur tous azimuts, à la quête de chaque goutte de pétrole, ou d'autres ressources naturelles stratégiques, pour son service exclusif ; et soucieux de faire taire toute dénonciation de ses forfaits permanents, ainsi éventuellement que de ceux de ses alliés d'occasion.

A priori, il semble que nous soyons plus proches d'un Sarajevo que d'un Yalta. Nul Jaurès n'est là pour tenter de calmer le jeu. Les marchands de mort restent derrière ces enjeux, comme depuis un siècle. Rien n'est changé. Eux et les marchands de fonds restent tapis en attendant une jouissante curée (jouissante pour eux), avec le cynisme qui est leur marque. Seule différence :  cette fois les armes au logo jaune sinistre pourraient parler.


Blog d'Alexandre Latsa: Russie-Amérique: la fin du Reset?

Alexandre Latsa
10:04 26/06/2013
 
Les relations entre Russie et États-Unis n’en finissent pas de se dégrader, cette dégradation semble s’être accélérée ces dernières semaines. Il y a tout d’abord et évidemment le conflit Syrien qui semble de plus en plus se transformer en une guerre indirecte Russie/Amérique.
L’illusion d’une "nouvelle entente" Russo-américaine n’aura donc pas duré. Le dernier sommet du G8 aura été marqué par la fracture Syrienne opposant très clairement la Russie aux autres puissances du groupe, Amérique, Royaume-Uni et France en tête. Le président russe Vladimir Poutine a clairement rappelé durant toute la conférence que "Ce n'est pas le peuple syrien, mais des commandos bien entraînés et armés, y compris de l'étranger (…) par des organisations terroristes, qui combattent contre Assad".

Comme de l’Europe au Qatar, il n’y a plus désormais qu’un pas, il n'est pas surprenant que les "amis de la Syrie" viennent de décider de soutenir encore plus activement l’opposition Syrienne, en optant pour une solution qui apparaît de plus en plus militaire. C’est paradoxalement John Kerry qui y a fait la plus dure déclaration qu’il ait été donné d’entendre à l'égard de la Russie en l’accusant d’être le principal responsable de la poursuite du conflit en Syrie. Cette déclaration traduit sans aucun doute l'interruption de la lune de miel Russo-américaine, pour un certain temps

Réuni à Doha, le club des "amis de la Syrie" a finalement émis un document soulignant que Bachar al-Assad n'aurait aucun rôle à jouer dans la transition en Syrie à l'issue des négociations de paix et surtout que les livraisons d’armes à l'opposition seront désormais dépendantes de la seule volonté de chaque pays. La Russie qui souhaite l’organisation d’une conférence dite Genève-2 afin de trouver une solution politique au conflit se trouve désormais face à une coalition beaucoup plus soudée et décidée regroupant l’Occident, la Turquie et les puissances sunnites du Golfe. Les questions du maintien de Bashar-El-Assad au pouvoir et de la participation de l’Iran (avec son nouveau président pourtant réformateur) à la conférence sont les deux principaux points d’achoppement entre la Russie et la coalition Occidentalo-sunnite qui s'est formée sur ce sujet.

La Russie vient donc d’appeler l’Amérique à clarifier sa position, c'est-à-dire choisir entre : la solution politique Genève 2 et la solution de soutien militaire à une opposition qui a décidé coute que coute de continuer la guerre pour renverser le pouvoir en place en Syrie
La tension diplomatique ne concerne pourtant pas que la Syrie. Les Etats-Unis viennent ce lundi 24 juin de simplement menacer la Russie et la Chine de "conséquences" dans leurs relations bilatérales avec l’Amérique, suite au concours apporté par ces deux pays à l’exfiltration d’Edward Snowden, ex-consultant de la CIA qui a récemment dénoncé le système PRISM. Edward Snowden est accusé par les USA de transfert illégal d'informations relevant de la sécurité nationale et de transfert prémédité de renseignements secrets. Il a quitté Hong-Kong où il résidait ces derniers jours pour se rendre, via un vol Aeroflot, à Moscou d'où il devait s'envoler pour une destination inconnue.

Ces menaces américaines arrivent curieusement au moment ou Russie et Chine viennent de signer un énorme contrat pétrolier d’une valeur de 270 milliards de dollars sur 25 ans, L’accord a  été signé entre CNPC et Rosneft, dirigée par le proche de Vladimir Poutine Igor Sechin. Rosneft se place donc comme le leader du volet pétrolier dans la coopération énergétique Russo-chinoise.

Cette collaboration entre Chine et Russie est un élément d’une politique plus large de diversification de livraisons énergétiques russes en jouant notamment, et principalement, la carte asiatique afin d’équilibrer la grande dépendance actuelle de la Russie face à une Europe en crise.

Ce partenariat pétrolier conclu avec la Chine, alors que les discussions Russo-chinoises sur la coopération énergétique piétinaient depuis longtemps, est un indicateur supplémentaire de la détermination russe à visiblement ouvrir pour le pays une "fenêtre sur l’Asie", sorte de pendant historique de la "fenêtre sur l’Europe" qui avait été elle ouverte au 18ieme siècle, symbolisée par la construction de la somptueuse Venise du nord, Saint-Pétersbourg.


L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l'auteur étant extérieur à RIA Novosti.
Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie".

mercredi 26 juin 2013

Liban-France : Georges Ibrahim Abdallah : Contre l’oubli (Le Grand Soir - René Naba)

C'est un rappel nécessaire. Un homme est en prison en France, au mépris de tout le Droit, pour complaire à des assassins politiques étrangers et à des politiciens dits "français". La plus haute juridiction  s'est de fait déjugée,  la séparation des Pouvoirs est gravement bafouée, le peu de légitimité qui restait dans hautes sphères est définitivement piétiné. D'où ce billet à charge passé aujourd'hui dans Le Grand Soir.


Liban-France : Georges Ibrahim Abdallah : Contre l’oubli.


Militant pro palestinien d’origine libanaise, emprisonné en France depuis 29 ans, Georges Ibrahim Abdallah est l’objet d’un invraisemblable déni de droit de la part de la France, dans l’indifférence générale de l’opinion arabe et internationale, particulièrement libanaise...
I – Une justice à la Kafka
Paris – Un homme libre en captivité. Tel est le paradoxe de cet homme de conviction et de rare courage, victime des contradictions françaises. Pleinement Libre, mais retenu en otage de considérations politiques françaises où le ministère de l’intérieur fait capoter une remise en liberté, non au nom de la raison d’état, mais pour des considérations électoralistes, où la duplicité tient lieu de posture morale en ce que le principe de la séparation des pouvoirs, hautement proclamé surtout depuis le scandale Jérôme Cahuzac, est subrepticement bafoué par des arguties de basse manœuvres politiques.

La Cour d’appel avait ordonné la libération de Georges Ibrahim Abdallah en subordonnant sa remise en liberté à un arrêté d’expulsion du territoire du ministre de l’intérieur. Beaucoup y ont vu dans cette décision de justice une double peine déguisée infligée au prisonnier. Un principe prohibé par le droit français. D’autres, tout aussi nombreux, ont considéré que le fait de subordonner, à tout le moins de conditionner la mise en application d’une décision de justice, à une décision administrative du ministère de l’intérieur, a constitué un cas flagrant d’atteinte aux principes généraux du droit, un principe constitutionnel, le principe de la séparation des pouvoirs.

La Cour de cassation a, elle, rendu un arrêt sans renvoi à propos de Georges Ibrahim Abdallah. Une décision qui coupe la voie à tout recours ultérieur possible devant une juridiction française. Un arrêt à la Kafka en somme en ce que le doyen des détenus politiques de France a déjà purgé sa peine et sa libération a été ordonnée. La cour de cassation le renvoie à sa case départ : La prison sans fin, sans issue.

II – Une possible saisine de la justice administrative contre Manuel Valls
Les positions du ministre de l’intérieur, M. Manuel Valls, sur son attachement inaliénable « au peuple juif et à Israël » en raison de sa matrimonialité nouvelle pourrait poser la question du bien-fondé d’une action en suspicion légitime à son encontre en ce que son positionnement personnel et affectif, légitime tant que d’ordre privé, est en contradiction avec ses responsabilités politiques, dès lors qu’elles sont affichées publiquement.

Le ministre de l’intérieur est chargé du maintien de l’ordre, mais en sa qualité de ministre des cultes, il a aussi en charge le maintien de la concorde nationale. Sauf à y voir la marque d‘un procédé dilatoire, se pose d’une manière sous-jacente, la question de savoir en quoi le refoulement vers son pays d’origine d’un prisonnier constitue-t-il une atteinte à l’ordre public français ?. Manuel Valls devait entériner administrativement une décision judiciaire et non se substituer à la justice d’autant que son arrêté d’expulsion revenait à expédier hors du territoire national un prisonnier sexagénaire jugé dangereux pour la sécurité nationale. Sa crédibilité aurait été plus grande si la politique des pouvoirs français avait été frappée d’une plus grande cohérence en s’abstenant par exemple de soutenir des djihadistes à la dangerosité autrement plus grande que le prisonnier libanais, en soutenant d’abord les dictatures arabes, puis en favorisant la prise de pouvoir par la frange la plus extrême du djihadisme erratique en Libye, en Syrie et en Tunisie.

Militant pro palestinien d’origine libanaise, emprisonné en France depuis 29 ans, Georges Ibrahim Abdallah est l’objet d’un invraisemblable déni de droit de la part de la France, dans l’indifférence générale de l’opinion arabe et internationale, particulièrement libanaise. Incarcéré depuis 1984, il a battu le record détenu jusque-là par Nelson Mandela (24 ans), le chef du combat nationaliste sud-africain, et revendique désormais le titre de « Doyen des prisonniers politiques dans le Monde », au même titre que Moumia Abou Jamal.

L’homme, il est vrai, est atypique en ce que son parcours transcende les traditionnels clivages ethnico religieux qui constituent les habituelles grilles de lecture du conflit israélo-palestinien. Militant communiste issue d’une famille chrétienne du Nord-Liban, ancien élève des congrégations religieuses chrétiennes françaises au Liban, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la peine maximale prévue par la loi, pour l’exécution d’un responsable du Mossad israélien et celle d’un attaché militaire américain à Paris en 1982.

Au-delà du bien-fondé de sa condamnation sur la base de preuves sujettes à caution, l’homme a purgé sa peine. Libérable depuis 10 ans, il a été maintenu en détention sur ordre direct des États-Unis, aiguillonnées en sous-main par Israël. Pour l’exemple, au prétexte qu’un « crime de sang » a été commis à l’encontre de personnes représentant des autorités publiques. Au-delà du débat sur la matérialité de ce crime, en dépit de l’inégalité des rapports de force, en raison précisément de cette inégalité des rapports des forces exigeons la déportation de cette affaire et la saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Que la France respecte ses lois, l’expression de la volonté générale représentée par l’Assemblée nationale, artisan du Code Pénal. Une peine a été accomplie dans sa totalité. Elle implique la libération du détenu. Une libération qui n’est pas une faveur, mais une application du principe de la légalité des délits et des peines. La peine, accomplie de manière exemplaire, c’est-à-dire en conformité avec les règles de bonne conduite, ouvrait droit à une libération anticipée. Cela n’a pas été le cas. Mais cela ne doit pas se compenser pour autant par une détention sinon illégale, à tout le moins arbitraire.

L’application d’un droit ne constitue pas une faveur, mais une obligation morale. Le Droit applicable en France par la France pour l’honneur de la France. Son incarcération prolongée signe une forme de forfaiture, le propulsant par contrecoup, au rang du symbole du militantisme intégral.

Pourquoi ne pas concevoir un recours percutant devant la CEDH, (le Comité des droits de l’homme de l’ONU), les rapporteurs spéciaux de l’ONU, ou mieux, un recours en responsabilité civile pour faute de l’État ? Pourquoi accepter l’impunité de l’État ? Certes, Le Droit reste majoritairement un instrument de la domination. Oui, mais pourquoi s’en remettre à un rebouteux, alors qu’une équipe hospitalière peut le guérir ?

Certes, il existe une part de méconnaissance en ce que le droit est fort complexe et même incertain. Soit, Mais il importe de briser la volonté d’utiliser l’embrouillamini du droit pour bloquer des affaires où l’action juridique pourrait permettre de belles avancées. Grave. Penser qu’ Israël juge tous les jours illégalement des Palestiniens, et qu’en soixante ans, la Palestine n’a conduit aucun procès sérieux contre Israël, ni en Palestine, ni ailleurs.

Une condamnation de la France par les instances européennes serait une victoire éclatante de grande portée stratégique et psychologique en ce qu’elle aura sanctionné un déni de droit d’un pays se réclamant abusivement comme étant le « Pays des Droits de l’Homme »… qui se serait rendu coupable d’abus de droit.

III- Le parcours atypique d’un homme de conviction
Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques arabes, est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords.

Né le 2 avril 1951 à Al Qoubaiyat (Nord-Liban), militant communiste pro palestinien il a été blessé lors de la première invasion israélienne du Sud Liban en 1978. Il passe pour avoir été le chef des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises) dont il aurait dirigé depuis Lyon les opérations en France sous les pseudonymes Salih al-Masri et Abdu-Qad.

En 1982, les FARL revendiquent l’assassinat de Charles R.Ray, attaché militaire américain à Paris, le 18 janvier 1982, ainsi que Yacov Barsimentov, diplomate israélien (le 3 avril 1982, et blessent gravement Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg.

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il a été condamné le 10 juillet 1986 à perpétuité par la Cour d’assises spéciale, sous les pressions conjuguées des États-Unis et d’Israël pour complicité d’assassinat le 28 février 1987.

Georges Ibrahim Abdallah, doyen des prisonniers politiques à travers le Monde au même titre que Moumia Abou Jamal, est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Né libre et demeuré tel. Fidèle à son engagement. Fidèle à lui-même. Fidèle à sa liberté, sa compagne de captivité, durant sa période d’incarcération.

En 30 ans de captivité, l’homme n’a jamais renié ses convictions, jamais déserté le combat politique, jamais été intimidé par le comportement dilatoire de son geôlier, le ministre socialo néo-conservateur de l’Intérieur, Manuel Valls, relai fidèle des pressions américaines et israéliennes. Dans l’adversité, il a vaincu ses adversaires fielleux qui, au déni de droit, lui ont superposé un abus de pouvoir. L’arbitraire dans le »Patrie des Droits de l’Homme ». Quelle infamie. Quelle forfaiture. La marque d’un nanisme de la politique.

Qu’on se le dise et que cela se sache : Georges appartient à la race des hommes libres. Pas plus « Uncle Ben’s » que « Bounty ». Ni un « native informant » (1) ou un « rented negros » (2) qui peuplent malheureusement nos lucarnes et polluent nos esprits.

Qu’on se le dise et que cela se sache : Entre Georges Ibrahim Abdallah, Doyen des prisonniers politiques à travers le Monde, Samir Kantar, ancien Doyen des prisonniers politiques arabes en Israël et la version moderne de l’opposition arabe, désormais invariablement off-shore, invariablement dans les rets de l’ancien pouvoir colonial, il existe une différence d’échelle : Une différence de sature. « Y’a pas photo ». La même différence de stature entre Shirine Ebadi, Prix Nobel de la Paix, militante des Droits de l’Homme en Iran même, sur le territoire de son propre pays, et les mondaines de l’opposition cathodique de Syrie et d’ailleurs. « Y‘ a pas photo » non plus. C’est parure de diamants contre peanuts.

Georges Ibrahim Abdallah est le parfait contre-exemple des opposants modernes arabes qui se déploient off-shore téléguidés depuis les chancelleries des anciennes puissances coloniales, en costume cravate et des golden-cartes de crédit alimentées par les pétrodollars monarchiques.

Le doyen des prisonniers politiques arabes est l’honneur des Arabes, la conscience des révolutionnaires, le remord vivant des militants de tous bords. Son incarcération prolongée signe une forme de forfaiture, le propulsant par contrecoup, au rang du symbole du militantisme intégral. Inclinons nous devant Georges Ibrahim Abdallah et Samir Kintar, son compère dans la captivité et la dignité. Deux hommes de conviction qui ont transcendé leur clivage ethnico-confessionnel qui gangrène le Monde arabe pour maintenir vivante la flamme de la Résistance et l’empêcher de sombrer dans la reptilité.

Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah. Que son exemple serve de référence à la génération de la relève.

Que les hommes épris de paix et de justice dans le Monde nous rejoignent dans ce combat pour le respect de la parole de la France tant il importe que la France respecte sa parole pour que le monde puisse continuer à respecter la parole de la France.

René Naba
1- Native informant : personnes qui accaparent la parole d’une communauté sans en être représentatif, dont le discours plait à son auditoire dominant.
2- « Rented négros » : Noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner un « visage noir pour une opinion de blancs ».
Pour l’histoire et pur information des lecteurs ci joint la notice de Manuel Valls,
Manuel Valls, ministre de l’intérieur, a volontairement retardé la signature du décret d’expulsion de Georges Ibrahim Abdallah, exigé par la justice française pour sa sortie de prison, prolongeant ainsi arbitrairement de deux mois la détention du militant pro palestinien qui avait purgé sa peine depuis dix ans. Dans l’attente d’une décision de la Cour de cassation

Retour sur ce personnage « lié d’une manière éternelle à Israël » cf. à ce propos Daniel Schneidermann Arrêt sur images 09/11/2012

Dans les trous noirs de Wikipédia où le Fondateur d’@rrêt sur images relate une opération de gommage dont le ministre socialiste de l’intérieur en a été bénéficiaire de la part de Wikipédia : « En France, ils sont plusieurs « patrouilleurs », qui consacrent du temps à y traquer les liens douteux, par exemple vers les sites pédophiles. Un de ses derniers coups de gomme en date, dans la page de Manuel Valls, il a supprimé une citation du ministre à Radio Judaïca à Strasbourg : « Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». « Totalement anecdotique », assure un patrouilleur. « Quelqu’un comme Valls qui a une grande envergure, qui a fait des choses, prendre une citation sur une radio qui en plus n’est pas très connue, ça n’apporte pas grand-chose à l’article », dit Wikipédia Notons bien que le « gendarme » ne dit pas que la citation est fausse, mais simplement qu’elle est « anecdotique », alors que Manuel Valls est ministre de l’Intérieur et des Cultes.

Pour aller plus loin : La vidéo que tente de faire disparaître
Par Hicham Hamza | le 12 décembre, 2012 : http://oumma.com/15107/decouvrez-video-valls

URL de cet article 20982

mardi 25 juin 2013

L'armée a-t-elle encore un sens ?



Vingt mille ans avant la conquête de la Gaule par Jules César, une phalange de guerriers avait un sens, car il était nécessaire de protéger les communautés encore fragiles des bêtes sauvages et d'éventuelles incursions de pillards affamés. Il s'agissait de Défense.

Il y a moins de trois mille ans, ce souci légitime était déjà bien terni par les "exploits" d'Alexandre dit le Grand, porteur de la civilisation macédonienne jusqu'à l'Indus vers les années -300. Même souci concernant l'Empire Romain au début de notre ère, celui de Genghis Khan au XIIe siècle, les invasions espagnoles et portugaises au XVIe et au-delà, l'empire britannique qui leur a succédé jusqu'à nos jours (oui, oui), les velléités de Napoléon, ou le colonialisme français dont le dernier avatar est l'intervention au Mali. Il s'agit encore et toujours de s'étendre, de porter "la bonne parole" religieuse (les deux sont très souvent liés), de réaliser "de fructueuses tractations" (facile quand l'autre contractant a le couteau sous la gorge), en un mot de se comporter... en pillards. Même pas affamés, mais cupides et cruels.

La régression est cruelle. L'armée française est appelée "La Grande Muette", parce qu'il lui est interdit de "l'ouvrir". En théorie, elle est là pour défendre notre territoire, de protéger "nos fils et nos compagnes", et dans ce cadre-là, effectivement elle n'a rien à dire, simplement à agir selon l'accord tacite de tous nos concitoyens. Après tout, ce sont tous les citoyens qui lui donnent les moyens d'exister selon leurs richesses et leurs efforts.

Il est cruel de se dire qu'aujourd'hui l'armée n'est engagée que dans des actions d'invasion comme en Afghanistan à titre de supplétif du Pentagone, ou au Mali pour protéger les intérêts d'Areva, ou... Rappelons que la Gendarmerie en est un corps, même si les GM sont des troupes à pied alors que depuis l'origine les gens d'armes étaient à cheval. C'est ainsi que ce qui était considéré comme une formation d'élite en est aujourd'hui à repousser la population, mécontente ou pas, du passage de nos Z'élites, quel qu'en soit le nom puisque le pseudo-changement de majorité n'a rien changé à ce propos. Seulement les médias le relatent moins. Ou encore, amenée à grands frais, elle est amenée à attaquer des défenseurs de Notre Terre contre les appétits des magnats du béton et de la finance. Les exemples abondent, comme dans la Manche, du côté du Chefresne, où un maire est bousculé et arrêté pour avoir osé édicter un arrêté municipal parfaitement légal, mais dérangeant pour les Grands ; ou à Notre Dame des Landes où les violences ont été indicibles ; ou du côté aussi du projet de LGV trans-Alpes contesté par les No TAV... A chaque fois bien entendu les violences ont appelé d'autres violences, mais bien entendu ce sont les politiques qui ont commencé pour des raisons souvent inavouables. L'armée en ressort meurtrie, et montrée du doigt par ricochet.

Pire, dès que des personnes à bout d'arguments dérapent un peu (ou pas), ce sont souvent ces formations-là qui vont sur ordre charger, foncer dans le tas, cogner, et même parfois dans l'élan déraper et en faire trop. Car les coupables, ce sont les Z'élites qui au mépris de leur mandat vont s'à-plat-ventrer devant la finance et faire molester les citoyens indignés. L'armée, c'est maintenant à cela qu'elle sert, au lieu de pourchasser nos ennemis. Nos ennemis ? Mais oui, bien sûr, ce sont ces businessmen faisant souvent la navette entre la très haute fonction publique et la tête de multinationales "françaises", presque tous issus des mêmes milieux, des mêmes Grandes Écoles et de la même doxa ultra-libérale à laquelle TINA (There Is No Alternative comme disaient les pontes de l'École de Chicago et la délicieuse Madame Thatcher).

L'Armée est donc le bras des ennemis de la plus grande partie de la population, des personnes qui constituent la Nation. Soit elle est déployée pour réprimer les plus lucides, soit elle est projetée dans des conflits que l'on ne peut que désapprouver hautement, comme dans des montagnes ou des déserts lointains, mais presque jamais elle ne reste à sa place, qui est la défense du territoire. Il faut dire que le Président de la République est dit le chef des Armées. C'est aussi lui, unilatéralement, qui a prêté allégeance auprès de notre pire ennemi, les États-Unis d'Amérique, sous le couvert de l'OTAN. Nous sommes donc devenus les alliés forcés de l'Angleterre, ce vaisseau aux ancres dérapant toujours en direction de l'Ouest, et non de l'Europe.

Comment les officiers vivent-ils ce paradoxe de l'alliance avec l'adversaire objectif de tous nos intérêts ? La question est importante. Ont-ils oublié Valmy ? C'est la référence absolue à laquelle il faut se référer. Rester, afin de contenir les ardeurs des politiciens toujours prêts à en découdre (par personnes interposées), n'est-ce pas la source d'un conflit intérieur permanent entre son vrai devoir envers les habitants du pays, et les ordres d'un Pouvoir civil fort peu civil et surtout enclin à faire prévaloir des intérêts individuels ou catégoriels ?

Oui, l'armée a-t-elle encore un sens ?



lundi 24 juin 2013

Les musiques que nous avions en tête

Rosaelle me propose de participer à une chaîne musicale initiée par DJ Lolobobo sur la suggestion d'Elooooody.  Pas si facile.  Retrouver des titres qui vous martelaient la tête il y a X années.... C'était l'époque où ma moitié, déjà souffrante, avait initié mes enfants et moi à Tri Yann, le groupe dont elle avait goûté la musique au temps de sa jeunesse nantaise.



Tri Yann la découverte ou l'ignorance par Tamazight-n-jerjer

Ce qui n'a pas empêché mon fils de m'initier peu d'années plus tard à Bad Religion



Bad Religion - Atheist Peace - A Kinetic... par Guitarzan812

puis à Nightwish (The poet and the pendulum)




ou à Sonata Arctica (Victoria's Secret)




Et enfin à Within Temptation et son sublime Candles




Non, il ne s'agissait pas de "chansons de l'été", car il n'y avait pas d'été, il n'y en a pas eus pendant plus de vingt ans de lutte pied à pied avec l'envahissement d'un mal implacable et funeste.

Et pour ne pas rompre la chaîne, je propose de continuer à Joe Maurice et à Pilblues.

vendredi 21 juin 2013

La fraternité des humains et la tyrannie du PROFIT

Notre Monde va mal.  Des possesseurs de fortunes plus que colossales, de domaines grands comme certains États, des richesses du sol et du sous-sol en usent et en abusent pendant que d'autres tombent d'épuisement, de maladies non soignées ou de faim. La Terre elle-même se regimbe. Cette phase de sa vie a peut-être même atteint un certain point de non-retour. Que faire pour redonner une vie plus acceptable au plus grand nombre ?

La piste que je trouve intéressante et valorisante, c'est la mise à l'index du PROFIT, donc probablement de la propriété privée et de la monnaie.

Comme le souligne Smolski sur le Blog du Monolecte, où le titre du billet est une boutade un peu provocatrice,  chaque personne sur terre est unique, et constitue une richesse. Il n'y a pas de plus ou de moins, il n'y a que des différents. Çà, c'est sûrement dur à digérer pour certains qui ne jurent que par la hiérarchie "naturelle". Cela implique que la compétition est un leurre dangereux. Je rappelle qu'Einstein était un cancre, et parmi les personnes célèbres à juste titre, il n'est pas le seul.

Posons-nous la questions : la richesse matérielle de nos contemporains n'est-elle pas relativement l'inverse de leur vraie valeur en tant qu'humains ? A méditer....


C'est à dessein que j'ai employé le terme "relativement". Certains, pour des raisons relevant de l'historique de leur propre vie, ont pu faire de mauvais choix les entraînant vers la facilité du Pouvoir alors qu'ils ou elles auraient pu être tout autre chose et développer un altruisme salutaire, par exemple. En revanche, le goût du Pouvoir peut souvent aussi être le signe de graves manques dans la personnalité de beaucoup de personnes.

En conclusion, juger une personne est un exercice plus que difficile. Sans doute la Société serait-elle mieux armée pour se comprendre elle-même, si n'étaient pas traduits devant des jurés que les personnes accusées de crimes, donc de faits catégorisés comme tels. Si chacun à un moment de sa vie se prêtait à cet exercice, certainement il serait plus facile de se comprendre (et non de s'expliquer, car souvent les mots manquent). Ne pourrait-on sortir cette phrase paradoxale "Nous sommes tous coupables, ET nous sommes tous innocents" ? La vie de chacun mérite qu'on s'y attarde, car il n'y a pas de petits destins et de grands destins, mais de grands hasards qui se télescopent en chacun de nous. En fait ne sont portés à l'attention de tous que ceux chez qui ces hasards ont, comme des ondulations dans l'eau, créé des interférences avec des vagues plus hautes.

Je pense qu'on est "facho" par hasard, ou humble apporteur de soi sans compter, la vie de chacun n'est qu'une suite de hasards quotidiens qui constituent de facto sept milliards de cas particuliers. Seule la Loi peut éviter que des abus dans les faits n'arrivent trop souvent, ET même la Loi peut se tromper. Le plus gros obstacle étant le rapport que chacun a avec tous, soit sept milliards au carré de combinaisons, tous les jours.

C'est ce que j'ai souvent exprimé, en simplifiant largement, "Tous égaux, tous différents".

jeudi 20 juin 2013

Un mot à la mode : le terrorisme

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : Miami et les anticastristes

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : les Contras au Nicaragua et ailleurs

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : Al Qaida simple succursale   ( IX XI ? )

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : l’OTAN et ses supplétifs

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : USAID

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : CIA

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : PRISM "contre le terrorisme"

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : Afrique nous voici

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : ce sont les lanceurs d'alertes qui vont en prison

Le terrorisme, ce sont les États-Unis : la liste n'est pas close

mardi 18 juin 2013

De Valmy à Bruxelles, marchons, marchons !

Aux élections partielles de ce dimanche, le grand vainqueur a été, et de loin, l'abstention. PS et UMP ont souffert d'une dégringolade magistrale, et sûrement méritée. Mais la Gauche a vu sa position s'effriter aussi, un peu. Il y a donc à creuser de ce côté-là.

La position officielle du FdG est très en retrait sur le NON à l'union européenne de 2005, donc la dynamique s'est cassée. C'est très souvent que j'ai jouté avec des camarades locaux, mais comme d'autres ils n'ont qu'une doxa, "menacer de quitter le traité de Lisbonne" en guise de chantage pour obtenir des miettes, au lieu de... préciser que c'est la base d'une autre stratégie, et que c'est la première chose à faire, et à faire complètement, en force, en bloquant les banques (sur Swift en particulier) et en anticipant toute réaction du camp d'en face.

Voilà un programme qui aurait le mérite de la clarté, de la rigueur envers les nantis, et qui pourrait parler à tous. En tout cas, pour des raisons que j'ignore, au FdG on n'ose pas aller vers cette solution claire.

"Vive la Nation", criaient dans ce qui pouvait paraître un autre contexte les soldats de Valmy. Or précisément, c'était le même contexte : les "petits" de la République, unis dans un même effort, s'étaient dressés fièrement contre les rois et les princes, riches et hautains. Et ces rois et princes avaient pris peur.

Par sa position de charnière entre l'Europe du nord et celle du sud, par sa richesse encore patente, notre pays conserve d'énormes atouts pour imposer aux cruels magnats de la finance une autre voie. Notre seul handicap réside dans les hauts personnels à sa tête, qui ont pris avec détermination fait et cause pour le Nord et le Capital. Ce sont eux, tous, qu'il faut "dévisser" de leurs piédestals. Non, ils ne sont pas très nombreux, et ils sont aisément remplaçables par des volontaires issus d'autres couches de la société, des patrons de PME, des paysans, des ouvriers, des chômeurs bardés de diplômes et/ou  de compétences mais impuissants.... Cela implique bien entendu de déposer les "journalistes" bien en cour, simples propagandistes de la Doxa concoctée par les patrons de presse. Rappelons que, souvent, ces organes fonctionnent "à perte", une hérésie dans le système libéral, mais à long terme bénéfique par leur action sur des lecteurs et spectateurs peu désireux de chercher ailleurs confirmations ou critiques de ces positions et pseudo-informations.

Oui, si la Gauche est hardie, elle peut briser ce "à quoi bon" logique qui laisse les électeurs potentiels demeurer chez eux les jours de scrutin. Mais actuellement, malgré les éclats de voix et les pertinentes explications de Jean-Luc Mélenchon, de Martine Billard et de quelques autres, le message de la Gauche reste un ron-ron peu efficace sur le fond. Qui a intérêt à cet état de fait ?

dimanche 16 juin 2013

Aujourd'hui c'est dimanche

Aujourd'hui c'est dimanche. Certaines personnes plus très nombreuses dans notre pays vont "s'endimancher" pour satisfaire à des traditions et préceptes, selon leurs convictions et ce qu'elles pensent être des obligations. Cela me fait repenser à cette polémique qui s'est élevée à propos d'un groupe de parlementaires français qui sont allés à Rome en délégation, ont été reçus par le chef du Vatican et à qui celui-ci a tenu un discours manifestement "à clef".

Ainsi, prenons ce qu'en retient RTS, organe suisse peu taxable de partialité.

Le pape François a invité samedi un groupe de parlementaires français à "amender et même abroger" les lois contraires à leur conscience. Une exhortation générale qui, selon eux, pourrait s'appliquer à différents thèmes éthiques, du mariage homosexuel à l'euthanasie.

S'ensuit donc une polémique sur certains blogs. Avec parfois des dérives avec des condamnations ad hominem assez regrettables. Voyons un peu ce qu'il faut en dire (sans parler des propos vifs, mais du fond). Voir pour cela le blog de Corto éventuellement. Non, je ne propose pas le lien.

Selon Koltchak91120, "[l'État] ne refuse pas aux religions de prendre partie aux débats publics sur je ne sais quels sujets"

Je pense à une autre interprétation. Les personnes ayant des convictions religieuses peuvent intervenir dans un débat, pour donner leur avis. Pas les religions en tant que telles qui dans notre République ne sont que des associations loi 1901, avec juste une nuance apportée par la loi de 1905 pour les associations dites cultuelles (pour des raisons surtout fiscales).

Actuellement ces personnes ayant des convictions religieuses ont dans certaines branches (je pense en particulier à l'Ordre des Médecins, mais il y en a d'autres) un poids démesuré par rapport à l'ensemble de la population, d'où cette aberration qu'est la loi Léonetti sur la fin de vie que j'ai mesurée de très près à sa juste mesure. Mais aussi je pense à la loi Gayssot, qui a la très mauvaise idée (j'insiste) d'empêcher de polémiquer sur certains sujets publiquement, donc de ne pas donner la possibilité de clouer le bec à certains détracteurs en étalant devant eux les vraies preuves les discréditant définitivement.

Les États, et le nôtre en particulier, se doivent de promouvoir en particulier en direction des enfants les valeurs républicaines, de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité puisque c'est l'ordre où l'on peut les lire dans nos textes fondamentaux. J'ajoute qu'à mon avis l'égalité est primordiale, parce qu'elle évite les dérives de la liberté que l'on constate de plus en plus, en particulier à propos de la liberté commerciale et financière, énorme boulet.

J'ai appris à connaître Rosaelle sur le Net, précisément parce que nos préoccupations et nos opinions étaient fort proches. Pas du tout nos positions géographiques, en revanche, si j'ai bien compris. Et je réponds à Pangloss : le pape (puisqu'il faut l'appeler par son nom) peut fort bien en tant que chef d'État faire une déclaration devant des représentants du Peuple français. Pas en tant que chef d'une religion. Là, c'est non. La Nation française reconnaît des personnes et reconnaît leur liberté entière de pensée, pas des religions. Pas plus qu'elle ne reconnaît comme interlocuteur privilégié une entité nommée Football-Club de Tarnac. C'est exactement la même chose. En revanche le Président de la République peut trinquer avec le capitaine de l'équipe, d'homme à homme. C'est sans doute une grosse différence d'appréciation avec ce qui se passe dans les pays de droit anglo-saxon.

Déjà, une délégation de parlementaires français ne peut avoir une entrevue avec un chef d'État que s'il s'agit de politique. Ou, tout simplement, elle ne vient pas. C'est aussi simple que cela, et pas du tout compliqué.

Rappelons que si pareille délégation se déplace, c'est aux frais du Peuple français. Donc de façon nécessairement neutre, religieusement parlant. Ou alors, il s'agit d'un voyage privé (à leurs frais) où ils ne peuvent pas se prévaloir de leur titre de représentants du peuple pour solliciter une audience. Et s'ils l'obtiennent, les propos échangés éventuellement le seront à titre privé. On ne mélange pas les genres.

Il s'agit en l'occurrence de respecter les personnes et leurs opinions et croyances.

Quant aux religions, l'État se fait un devoir de ne pas les connaître, ce qui lui évite d'interférer dans leurs affaires. A elles - ce qui n'est justement pas le cas, mais de façon plus insidieuse - d'en faire autant de leur côté, en évitant de ramener leurs opinions sociétales quand tout le monde est concerné. Leurs interférences musclées, par personnes interposées, ont gravement perturbé le débat sur un mariage pour tous qui tout simplement ne les concernait pas. Faux problème, puisqu'il aurait été plus simple de supprimer le mariage, et de le remplacer désormais par un PaCS mieux adapté à la réalité sociale d'aujourd'hui, mais un PaCS bien entendu amélioré.

Pour résumer, il y a bien eu interférence manifeste entre deux domaines incompatibles : celui des représentants du Peuple, qui doivent tenir compte de notre législation ; et celui d'un chef d'État étranger, qui est en même temps considéré comme le chef d'une certaine religion, et qui a tenu des paroles trop ambiguës pour que ce soit une coïncidence. C'était une incitation à faire entrer des considérations religieuses, donc personnelles, dans le domaine public dont ils sont les représentants. Comment des députés, des sénateurs peuvent-ils amalgamer ce qui les concerne personnellement (et pour cela ils ont toute liberté) et ce qui concerne des personnes d'autres religions, ou pire, qui n'ont pas de religion du tout, et dont le nombre augmente sans cesse ?

L’outre-passation de mandat se sanctionne d'une façon très simple : la démission. Je rappelle que les représentant du Peuple représentent TOUT le peuple, et non seulement quelques électeurs. C'est une grande responsabilité.

les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima - explication d'experts

Le dire, le redire, le rabâcher, le répéter jusqu'à satiété. Le nucléaire est en train de nous tuer. Pierre FETET du Blog de Fukushima fait intervenir plusieurs spécialistes, dont une pédiatre. C'est très clairement compréhensible - sauf apparemment pour ceux qui ne pensent qu'à l'aspect financier du problème.


15 juin 2013
Akio Matsumura, ancien diplomate japonais, Gordon Edwards, expert en physique nucléaire et Helen Caldicott, médecin pédiatre, s’expriment dans un article publié sur le site akiomatsumura.com sur les conséquences de la contamination radioactive de l’eau à Fukushima.
Titre original : Experts Explain Effects of Radioactive Water at Fukushima
Traduction française : Fukushima-is-still-news
Introduction

Akio Matsumura
La contamination de l’eau pose un nouveau problème sur le site de Fukushima. Tepco doit continuer à refroidir les barres de combustible irradiées, mais n’a pas réussi à mettre en place un système permanent et soutenable pour se débarrasser de l’eau hautement radioactive produite par la procédure de refroidissement. Son système peut certes filtrer une grande partie de la radioactivité de l’eau, mais certains éléments comme le tritium, un agent cancérigène, ne peuvent pas être extraits et la concentration dépasse largement les normes légales. Tepco veut déverser l’eau dans l’Océan Pacifique afin de diluer le tritium pour rendre le taux acceptable, mais les pêcheurs, qui se méfient du fournisseur d’électricité, y sont opposés. Entre temps, Tepco stocke l’eau contaminée dans des citernes. Peut-on être surpris que ces citernes fuient (New York Times) ? De plus, Tepco admet qu’il finira par manquer de place pour toutes ces citernes de stockage.
La gestion de cette eau de refroidissement contaminée est devenue le problème le plus crucial  et le plus dangereux que Tepco ait eu à affronter depuis 2011.


Contexte

Selon le Japan Times (extraits): À la date du 7 mai , Tepco avait récupéré 290 000 tonnes d’eau radioactive dans 940 énormes citernes sur le site de la centrale, mais il en reste
94 500 tonnes dans les sous-sols des bâtiments des réacteurs et de diverses installations.
Tepco doit en permanence arroser les cœurs fondus des réacteurs 1, 2 et 3 en utilisant des systèmes de fortune pour éviter que le combustible ne fonde et ne provoque de nouveaux incendies.

Cependant, les enceintes de confinement des cœurs ont été endommagées par la fusion, ce qui a permis à l’eau de refroidissement hautement radioactive de fuir et de s’infiltrer dans les sous-sols. Les taux élevés de radioactivité ont empêché les ouvriers de s’approcher suffisamment pour inspecter correctement les dégâts, sans parler de démarrer la procédure de démantèlement.

Pour tout compliquer, 400 tonnes d’eaux souterraines pénètrent également quotidiennement dans les sous-sols des bâtiments endommagés par le tsunami et les explosions, se mélangeant aux fuites d’eau de refroidissement.

Tepco a utilisé un système de recyclage pour assécher les sous-sols. Ce système est supposé extraire le césium avant de remettre l’eau en circulation dans les réacteurs. Mais la menace est encore exacerbée par l’afflux des eaux souterraines.

Tout ce que Tepco a été capable de faire a été de construire davantage de citernes de stockage. Quels problèmes toute cette eau peut-elle provoquer ?
Selon Tepco, il y a une limite au nombre de citernes qui peuvent être installées avant que le site ne manque d’espace de stockage.

Tepco a affirmé pouvoir augmenter la capacité de stockage de 430 000 tonnes cette année à 700 000 d’ici la mi-2015, en abattant une forêt et en faisant de la place dans l’enceinte de la centrale. Cette façon de faire est censée lui procurer un répit de trois ans.


Le processus de contamination de l’eau

Gordon Edwards, expert en physique nucléaire
1. Quand du combustible nucléaire est utilisé dans un réacteur nucléaire ou une bombe atomique, les atomes qu’il contient se désintègrent (subissent une “fission”) destinée à produire de l’énergie. Le processus de fission est déclenché par des particules subatomiques appelées neutrons. Dans un réacteur nucléaire quand les neutrons sont arrêtés, le processus de fission s’arrête également. C’est ce qu’on entend par “arrêt du réacteur”.

2. Mais le processus de fission nucléaire crée des centaines de nouvelles variétés d’atomes radioactifs qui n’existaient pas auparavant. Ces sous-produits radioactifs dont on ne veut pas s’accumulent dans le combustible irradié et pris collectivement, sont des millions de fois plus radioactifs que le combustible nucléaire de départ.

3. Ces nouveaux matériaux radioactifs sont classés comme produits de fission, produits d’activation et éléments transuraniens. Les produits de fission — comme l’iode131, le césium 137 et le strontium 90 — sont les fragments des atomes désintégrés. Les produits d’activation — comme l’hydrogène 3 (“tritium”), le carbone 14 et le cobalt 60 — sont le résultat de la transformation d’atomes non radioactifs en atomes radioactifs après absorption d’un ou plusieurs neutrons égarés. Les éléments transuraniens — comme le plutonium, le neptunium, le curium et l’américium — sont créés par transmutation quand un atome massif d’uranium absorbe un ou plusieurs neutrons, devenant ainsi encore plus massif (d’ou le terme « transuranien », qui signifie « au-delà de l’uranium »).

4. À cause de l’intense radioactivité de ces sous-produits, le combustible nucléaire usagé continue à dégager de la chaleur pendant des années après l’arrêt du processus de fission. Cette chaleur (appelée “ chaleur résiduelle”) provient de la désintégration incessante des déchets nucléaires. Nul ne sait comment ralentir ou arrêter la désintégration radioactive de ces atomes ; autrement dit, la chaleur résiduelle est littéralement impossible à arrêter. Mais la chaleur résiduelle décroît progressivement avec le temps, devenant beaucoup moins intense après une dizaine d’années.

5. Toutefois, dans les années qui suivent la mise à l’arrêt d’un réacteur, si la chaleur résiduelle n’est pas supprimée au fur et à mesure qu’elle est produite, la température du combustible irradié peut atteindre des niveaux dangereux et des gaz, vapeurs et particules radioactifs sont émis dans l’atmosphère à des taux inacceptables.

6. La manière la plus courante de supprimer la chaleur résiduelle du combustible irradié est de l’arroser en permanence. C’est ce que fait Tepco, à raison de quelque 400 tonnes d’eau par jour. Cette eau est contaminée par les produits de fission, les produits d’activation et les éléments transuraniens. Comme ces déchets sont radiotoxiques et nocifs pour les organismes vivants, l’eau ne peut pas être rejetée dans l’environnement tant qu’elle est contaminée.

7. En plus des 400 tonnes d’eau utilisées journellement par Tepco pour refroidir le cœur fondu des trois réacteurs endommagés, 400 tonnes d’eaux souterraines s’infiltrent chaque jour dans les bâtiments des réacteurs endommagés. Cette eau est également contaminée par la radioactivité et doit donc être stockée en attendant d’être décontaminée.

8. Tepco utilise un “Système de traitement liquide avancé ”(ALPS) qui est capable de filtrer
62 types de matériaux radioactifs contenus dans l’eau contaminée, mais ce procédé est lent, l’extraction est rarement efficace à cent pour cent et certains matériaux radioactifs ne sont pas filtrés du tout.

9. Le tritium, par exemple, ne peut être filtré. Le tritium est de l’hydrogène radioactif : quand des atomes de tritium se combinent avec des atomes d’oxygène, on obtient des molécules d’eau radioactives. Aucun système de filtration n’est en mesure de retirer le tritium de l’eau, parce qu’on ne peut pas extraire l’eau de l’eau. Une fois rejeté dans l’environnement, le tritium pénètre librement dans tous les organismes vivants.

10. L’énergie nucléaire constitue l’exemple ultime de la société du tout-jetable. Le combustible irradié doit en effet être tenu à l’écart de l’environnement des organismes vivants pour l’éternité. Les matériaux de qualité utilisés pour construire la zone centrale des réacteurs nucléaires ne peuvent jamais être recyclés ou réutilisés, mais doivent être stockés en tant que déchets radioactifs pour toujours. Les réacteurs défaillants ne peuvent jamais être complètement arrêtés, parce que la chaleur résiduelle continue bien après la mise à l’arrêt. Et les efforts déployés pour refroidir un réacteur sévèrement endommagé produisent d’énormes volumes d’eau contaminée par la radioactivité ; celle-ci doit être stockée ou rejetée dans l’environnement. On comprend pourquoi certains qualifient l’énergie nucléaire de « technologie sans pitié ».


Neuf conséquences médicales de la contamination de l’eau par le tritium

Helen Caldicott, médecin pédiatre
1. Il n’existe pas de moyen de séparer le tritium de l’eau contaminée. Le tritium, un émetteur bêta de faible énergie, est un puissant cancérigène qui reste radioactif pendant plus de cent ans. Il se concentre dans les organismes aquatiques dont les algues, les crustacés et les poissons. Parce qu’il n’a ni goût ni odeur et qu’il est invisible, il sera inévitablement ingéré à travers l’alimentation, en particulier les produits de la mer, pendant de nombreuses décennies.
Il se combine dans la molécule d’ADN – le gène – où il peut provoquer des mutations qui peuvent ultérieurement causer un cancer. Il provoque des tumeurs du cerveau, des malformations congénitales et des cancers dans beaucoup d’organes. La situation est extrêmement grave parce qu’il est absolument impossible de contenir toute cette eau radioactive en permanence et elle s’écoulera inévitablement dans l’Océan Pacifique pendant
50 ans ou plus, en même temps qu’une série d’autres isotopes très dangereux, comme le césium 137, qui a une durée de vie de 300 ans et provoque des tumeurs des muscles très malignes, les rhabdomyosarcomes, et le strontium 90 qui est également radioactif pendant 300 ans et provoque des cancers des os et des leucémies ; ces deux isotopes ne sont qu’un exemple des nombreux éléments radioactifs [contenus dans cette eau contaminée].

2. Les rayonnement peuvent provoquer tous les types de cancers. Comme une grande partie des terres de Fukushima et des environs sont contaminées, la nourriture – le thé, le bœuf, le lait, les légumes verts, le riz, etc. – resteront radioactifs pendant plusieurs centaines d’années.

3. Le terme de “nettoyage” est inapproprié : les sols, le bois, les feuilles et l’eau contaminés ne peuvent pas être décontaminés ; ils peuvent à la limite être déplacés ailleurs et contaminer les nouveaux emplacements.

4. L’incinération des déchets radioactifs propage les agents cancérigènes dans d’autres régions du Japon, y compris des régions qui n’étaient pas contaminées.

5.  Les cancers ont une longue période d’incubation : 2 à 80 ans après que les gens ont mangé de la nourriture radioactive ou respiré de l’air contaminé.

6. Selon l’AIEA, le démantèlement des réacteurs [de Fukushima] va prendre entre 50 et
60 ans et certains prédisent que ce désastre ne pourra jamais être nettoyé ni éliminé.

7. Où est-ce que le Japon va pouvoir déposer ce combustible fondu hautement radioactif, les barres de combustible et le reste ? Il n’existe aucun lieu sûr pour stocker ce matériau mortel
(qui doit être isolé de l’exosphère pendant un million d’années si l’on en croit l’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement) sur une île régulièrement frappée par des séismes.

8. Au fur et à mesure que ces éléments radioactifs s’infiltrent dans l’eau et dans les océans et qu’ils sont rejetés dans l’air, l’incidence des malformations congénitales, des cancers et des aberrations génétiques ne peut qu’augmenter au fil du temps et dans les générations à venir.

9. Les enfants sont de 10 à 20 fois plus sensibles aux effets cancérigènes des rayonnements que les adultes (les petites filles y sont deux fois plus sensibles que les garçons) et les fœtus des milliers de fois plus – une radio chez la femme enceinte double le risque pour l’enfant d’avoir une leucémie.

samedi 15 juin 2013

Un témoignage à Notre Dame des Landes : "on" agresse les riverains à présent.

Je viens de recevoir, avec d'autres,  ce message d'un habitant de Notre-Dame des Landes.  On notera que l'agression s'est déroulée non loin de l'endroit où actuellement sont effectués des sondages de la nappe phréatique à l'aide de forages. C'est ce qui explique probablement la présence de gendarmes à quelques centaines de mètres. Ces forages ont apparemment pour but de répondre aux objections des commissions, qui ont rendu leur rapport le mois dernier à propos du dossier de l'aéroport en projet.

Témoignage donné à l'état brut.

Le jeudi 13 juin vers 19h00 non loin du terrain de moto-cross, nous avons 
été agressés par quatre hommes se réclamant de ce club.
Je circule sur la D42 et tourne vers le village "le pont de l'ane". Quelques 
centaines de mètre plus loin, en direction de la D 281, deux fourgonettes 
blanche du genre "expert, scudo ou partner" sont en stationnement. Je 
m'arrète derrière et descend de mon véhicule. Je me dirige à pied vers 
l'avant de celui le plus éloigné et constate une épaisse fumée noire. Quatre 
hommes agés d'environ 30 à 60 ans sont présent. L'un deux me lance " tiens 
en voilà un, il va payer pour les autres". Je ne comprend pas ce qu'il veut 
dire et lui fait part de mon étonnement. Un des quatre hommes enchaine " on 
va t'emmener avec nous à la gendarmerie. Je répond que les "rg" ainsi que 
les forces de l'orde m'ont déjà filmé et photographié lors de manifs ou 
rassemblement. L'un d'entre eux lance " il lui manque une dent, on va lui 
casser les autres". Sentant qu'il était impossible de dialoguer avec ces 
individus qui devenaient de plus en plus menaçant, j'ai fais demi tour pour 
rejoindre mon véhicule. A partir de là, tout s'est passé alors très vite. 
J'ai été jeté au sol, roué de coup de pied, de coup de poing dans la tète, 
le thorax et les cotes. Deux ou trois d'entre eux ont participé à ces actes 
de laches. J'ai enfin réussi à monter dans ma voiture par la porte arrière 
et me mettre à la place du conducteur. Un des plus agé à continué à frapper. 
Des menaces de nous incendier avec le véhicule ont été proférées. Les 
individus n'avaient pas remarqués la présence d'une femme assise en 
passagère avant. Un des individu se rendant probablement compte qu'il allait 
ètre complice de MEURTRES, a essayé de calmer un des plus vieux a réitéré 
son intention de nous bruler. J'avais de plus en plus de mal à respirer mais 
réussi à refermer la portière, démarrer et partir en marche arrière.

Arrivés sur la D42, deux gendarmes étaient présents à l'intersection de "la 
noé bernard". L'un m'a demandé pourquoi j'étais en sang. J'ai répondu que 
nous venions d'ètre agrèssés en précisant clairement qu'il était très facile 
d'interpeler les auteurs car leur seule issue possible étaient la D42.
Ils ont refusés de se déplacer de quelques centaines de mètres sur la D42 
pour interpeler les agresseurs en question sous pretexte d'ètre occupés par 
autre chose. Il était pourtant facile de le faire car à ce moment là, les 
agresseurs n'avaient aucune autre issue de fuite possible. Est ce parce que 
nous sommes anti aéroport . . . . .? ? ? C'est à se poser la question 
puisque le maréchal des logis chef nous l'a demandé. Quand je lui ai dit "si 
vous ne voulez rien faire sous prétexte d'ètre occupé à autre chose, autant 
que j'aille dans une armurerie et revenir avec ce qu'il faut", la réponse a 
été " faites ce que vous voulez".

J'ai passé une partie de la nuit aux urgences. Ouverture de l'arcade 
sourcilière, de la lèvre; fortes douleurs au thorax et dans les cotes; 
difficultée respiratoire . . . Peut ètre des fractures qui ne sont pas 
encore visibles.

Une plainte à l'encontre des agresseurs a été déposée à la gendarmerie de 
Blain. 

Assawra - Libye : trois soldats tués dans des affrontements à Benghazi

Chacun se souvient de la Libye, attaquée en 2011 par des forces extérieures conseillées par des unités spéciales étatsuniennes, françaises, italiennes....

Ce n'est pas ainsi, la plupart du temps, que les médias officiels présentaient la chose - on osera ajouter : comme d'habitude. Opérant depuis l'est et la Cyrénaïque ces forces avaient réussi à submerger les troupes régulières, bombardées par une pseudo-"exclusion aérienne" Occidentale. De fil en aiguille ces forces, où bien peu nombreux étaient les vrais libyens, avait réussi à envahir tout le pays, et le chef de l'État, le colonel Mouhammar Kadhafi, avait été violenté et assassiné. On a l'impression de retrouver les évènements actuels de Syrie, mais en plus "réussi" pour ce pays désormais autant en proie au chaos qu'une autre victime des "Occidentaux", l'Irak.

Il est tellement en proie au chaos, que les milices censées assurer la sécurité se font attaquer tant leur légitimité est mise en cause par des habitants excédés. A preuve cet "incident" rapporté ce matin par Assawra.


Libye : trois soldats tués dans des affrontements à Benghazi


samedi 15 juin 2013, par La Rédaction
Au moins trois soldats ont été tués dans de violents affrontements qui opposaient tôt samedi matin les Forces spéciales libyennes et un groupe de manifestants armés s’en prenant à des installations de l’armée et de la police, selon un journaliste de l’AFP et des témoins sur place, tandis que le chef de l’armée libyenne par intérim a mis en garde contre un "bain de sang".

Des échanges de coups de feu nourris ainsi que des explosions étaient entendus depuis 04H00 locales (02H00 GMT) près du QG des Forces spéciales, non loin du centre-ville, selon un journaliste de l’AFP et des témoins.

Les combats ont perdu de l’intensité à partir de 05H30 (03H30 GMT), mais des coups de feu et des explosions étaient toujours entendus par intermittence dans la ville, selon des témoins.

Sur leur page Facebook, les forces spéciales ont indiqué que des affrontements à l’arme légère et avec tirs de roquettes les opposaient à un groupe "hors-la-loi".

Plus tard, elles ont fait état de trois morts de leur côté, ainsi que de deux blessés, affirmant que les victimes ont été tuées alors qu’elles "défendaient la légitimité de l’Etat avec courage et honneur".

Elles ont prévenu qu’elles allaient "prendre pour cible quiconque qui tire sur leurs forces", une semaine après des affrontements qui avaient fait plus d’une trentaine de morts et une centaine de blessés et les avaient contraintes à quitter leur QG, sous la pression de la rue et des autorités.

Le chef d’état-major par intérim, Salem al-Konidi, a mis en garde, dans une déclaration à la chaîne de télévision Al-Aseema, contre un "bain de sang" et une "catastrophe" à Benghazi.
"Si les forces spéciales sont attaquées, il y aura un bain de sang (...) Il pourrait y avoir une catastrophe à Benghazi", a prévenu M. Konidi, affirmant ne pas connaître les assaillants ni leurs motivations.

"S’ils ont des demandes, ils peuvent attendre jusqu’à demain (samedi). Nous pourrons discuter avec eux", a-t-il dit.

En début de soirée, des dizaines de manifestants ont délogé une brigade d’ex-rebelles, la "Première brigade d’infanterie", de son QG à Benghazi, et ont incendié deux de ses véhicules. Le chef d’état-major a affirmé avoir ordonné à cette brigade de quitter son QG pour préserver des vies.

Selon un témoin sur place, les manifestants dont certains sont armés ont tiré en l’air et lancé une roquette RPG sur le mur extérieur de la caserne, sans faire de victimes.

La "Première brigade d’infanterie" est formée d’ex-rebelles ayant combattu le régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Elle affirme obéir aux ordres du ministère de la Défense.
Les assaillant ont attaqué par la suite un commissariat de police, des bureaux des gardes-frontières et des installations ainsi qu’un autre bâtiment administratif de la "Première brigade d’infanterie", selon des témoins.

Le week-end dernier, "Bouclier de Libye", une brigade proche des islamistes, qui affirme dépendre aussi du ministère de la Défense, a été attaquée par des manifestants anti-milices et obligée d’évacuer son QG.

Les protestataires affirmaient vouloir déloger les "milices" armées de leur ville, appelant les forces régulières à prendre le relais. Mais ces activistes affirment ne pas prendre part aux affrontements de vendredi soir et de samedi matin.

Ils accusent "Bouclier de Libye" et des groupes d’islamistes d’avoir mobilisé leurs membres pour venger leur "défaite" du week-end dernier, en s’attaquant aux forces régulières.
Les autorités, qui peinent à former une armée et une police professionnelles, ont régulièrement recours à ces ex-rebelles pour sécuriser les frontières ou s’interposer dans des conflits tribaux.

Le nouveau pouvoir en Libye n’a pas réussi à désarmer et à dissoudre les groupes d’ex-rebelles qui font la loi dans le pays et tente de légitimer certains d’entre eux malgré l’opposition d’une grande partie de la population.

Benghazi, la deuxième ville de Libye d’où était partie en 2011 la contestation qui a conduit à la chute du régime de Kadhafi, a été le théâtre ces derniers mois de plusieurs attaques contre des intérêts occidentaux et d’assassinats de responsables de la sécurité.

(15-06-2013 - Avec les agences de presse)


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On notera que, selon les témoins, les manifestants "tiraient en l'air", donc que leur but n'est pas de faire des victimes. C'est tout simplement "la Résistance" qui ne veut pas se laisser abattre par un nouveau régime jugé inacceptable. Comme en Irak. Comme en Côte d'Ivoire. Comme, probablement, au Mali. La liste est longue. C'est simple "les Occidentaux" et leurs marionnettes, on n'en veut pas. Même dans les pays censés faire partie de cet "Occident" autoproclamé.

jeudi 13 juin 2013

Chronique des Solovki (Hiéronymus)

Dans mes archives, je viens de retrouver un récit que Hiéronymus, un ami du Net perdu de "vue" avait posté en plusieurs épisodes pour les autres amis du Net, il y a une dizaine d'années déjà. On se souvient de ce livre, qui avait grand bruit à l'époque, "L'archipel du Goulag", par Soljenitsyne. Cet archipel existe, quelque part sur la Mer Blanche. Son vrai nom, ce sont les îles Solovki. Cet ami, qui à l'époque habitait "pas trop loin", à Vilnius en Lituanie, avait résolu un jour d'aller visiter ce lieu un peu mythique. C'est ce récit qui m'est donc retombé sous les yeux. Même s'il est malheureusement resté inachevé, il garde une grande force dans la simplicité grandiose des gens et des lieux décrits. Le voici. 


Chronique des SOLOVKI (1/5)

1) le Koukourouznik

Archangelsk, le 10 mai. Le ciel est gris, le temps est froid. L'avion décolle dans une heure et demie de Vaskovo à 30 kilomètres d'ici, le taxi est là. Il faut y aller car il n'y a plus trop de temps.

La ville semble quasi-déserte ce lundi, quelques feux tricolores semblent être la seule note de gaieté avec les zigzags du taxi qui tente d'éviter les nids de poule de la chaussée.

Puis nous abordons le pont de la Dvina, ouvrage métallique très long et très sombre, pas non plus exempt de creux et de trous, nous franchissons le bras principal, puis un autre bras du fleuve: Archangelsk est bâti sur l'estuaire, et les fleuves russes sont à l'échelle du pays, c'est-à-dire immenses...

Puis nous roulons sur une route principale. Le chauffeur du taxi est du genre jovial, pas aigri malgré les difficultés de la vie et la bonne cinquantaine qu'il affiche, il parle mais je ne comprends pas tout, un embranchement et je vois un panneau MOCKBA (Moscou), quelque chose comme un peu plus de 1200 kms, mais ce n'est pas notre direction, j'ai bien besoin du bagout du chauffeur pour ne pas sombrer dans le spleen car le paysage est sinistre en ce début mai, c'est à peine dans ces contrées septentrionales si certains buissons commencent à verdir, bourgeons encore fermes. Le paysage me rappelle la vue de petits bois de tourbières en Normandie en plein hiver, branches mortes d'une existence désuète...

Plus un pays est pauvre plus les gens sont joyeux, la conduite du taxi en témoigne, il fonce dans les virages, négocie les courbes, évite les fossés et en peu de temps nous voici à Vaskovo, le fameux internationalement connu aéroport de Vaskovo: c'est que, en fait d'aéroport, c'est une bâtisse qui ferait penser à une école primaire de province, l'avantage c'est qu'il n'y a qu'une porte et qu'on ne risque pas de se tromper, de même à l'intérieur un seul guichet où les gens sont mollement agglutinés. Je m'y colle aussi, mais avec un léger recul typique de ceux dont l'éducation interdit de frôler les autres. Pas grand-monde, mais çà va lentement, très lentement,et je commence à m'inquiéter assez rapidement, tout de même je comprends quelques mots, et comme les autres ne s'affolent pas, cela me rassure un peu.Tout d'un coup la guichetière se lève, pousse le rideau et sort de son cagibi, car comme dans les petites gares la seule personne active est polyvalente, un avion part avant le nôtre et elle doit enregistrer les passagers. Puis elle revient et explique que notre avion est retardé en raison du mauvais temps de plus d'une heure, ah bon! Cela me parait interminable, que suis-je venu faire ici, dans ce trou paumé parmi les paumés, dans cette salle d'attente où toutes les horloges sont bloquées sur une heure fausse, où un genre de cantine distille un café valant à peine une bonne chicorée au fond d'un godet...

Bon, bon, cet endroit après tout reste très convenable, les gens y sont paisibles et pas désagréables, suffit d'être calme, et notre tour viendra, et en effet il vient! Notre groupe s'ébranle, à peine 10 personnes, et nous passons derrière une autre palissade en bois, contrôle des bagages: enfin ce qui en tient lieu, "Passpooort !" Voilà, c'est fait, nous nous retrouvons dans une antichambre fermée un temps encore incroyable, et puis une porte s'ouvre, un autobus du genre benne tirée par un tracteur est mis à notre disposition pour nous porter jusqu'à l'avion (100 m), et quel avion, digne de Tintin, c'est un Koukourouznik !

 Le temps est froid, le vent vif, il semble qu'il neige, mais oui il neige et nous sommes le 10 mai, aussi nous nous précipitons de cet "autobus" pour grimper dans ce Coucou - pardon, c'est un Koukourouznik, pour y monter : à peine un marche-pied comme pour un wagon, à l'intérieur, à peine 15 places, soit 3 sièges médiocres sur 5 rangées, les bagages sont posés vers le fond de l'avion et les gens s'assoient devant. Il ne fait pas chaud, mais au moins il ne neige pas à l'intérieur. Puis le pilote monte, un jeune Russkof, il est doux, délicieux, adorable même avec ses épis dans des cheveux très blonds qui le font paraître a la fois romantique et ringard, il me fait penser, le bandeau en moins, au pilote estonien Szlut de Coke en stock, il passe entre nous pour aller s'asseoir devant, çà y est, on ferme notre Koukourouznik, chic c'est l'aventure !


Rodina Antonov A28
Une hélice tourne, puis les deux, le régime augmente et le bruit, le boucan devient vite assommant, un bruit métallique qui donne l'impression que tout vibre, nous nous dirigeons vers la piste unique, 5/5, les gaz à fond, accélération, çà y est on décolle, attention çà secoue, et quel boucan, mais bon ! J'ai toujours aimé prendre l'avion, c'est comme les manèges à la foire mais en plus grand, peut-être suis-je inconscient du danger car les autres passagers se signent en forme de prière... Enfin maintenant on est dans les airs et j'espère bientôt voir le ciel bleu et l'éclat du soleil, percer cette mer de nuages. Or l'on monte, et monte encore, mais nous sommes toujours dans cette soupe laiteuse, rien d'autre que le boucan des hélices et le blanc épais de l'air où nous baignons, rien, aucune éclaircie, un plafond de nuages, puis un autre au dessus, il semble que la lumière ait abandonné cette contrée, impossible de voir où nous sommes, au dessus de la Mer Blanche ? Il fait un ciel si bas qu'il faut lui pardonner, n'est ce point le bout du monde ? 

Tout de même, après un temps incroyablement long, notre Coucou- rouznik décroche et amorce une courbe, pourtant pas de WTC à l'horizon, ah si, maintenant on distingue tout en bas ce qui semble un paysage sans couleur, juste un vert très sombre et des parties brunes, des taches blanches aussi et on descend, on descend comme à pic, c'est encore mieux que les manèges de foire, j'ai l'impression que le Russkof coupe complètement les gaz et dirige le zinc dans une sorte de vol plané à peu près, je dis à peu près contrôlé, rien à voir avec des vols de gros porteurs, Solovki pourrait bien être ma dernière destination...

à suivre...

Chronique des SOLOVKI (2/5) 

 2) le Monastère
Encore quelques secousses et le Koukourouznik stabilise enfin sa trajectoire en vue de l'atterrissage: çà y est, il touche enfin le sol, le sol des Solovki sur ce qui semble être une piste en plastique, oui c'est une sorte de tôle ondulée en plastique qui fait office de tarmac d'aéroport, un plastic couleur vert pâle si vous voyez à quoi je fais allusion. 
Le ciel est assez opaque, on y voit quand même à plusieurs centaines de mètres, devant nous le bout de la piste, le Coucou freine, freine... ouf çà a l'air bon mais toujours ce boucan, Bon, il fait demi-tour car c'est une piste unique, et revient pépère à son petit train devant l'unique baraque en bois peinte en bleu et où est écrit en caractères cyrilliques le mot AEROPOORT.
Terminus, tout le monde descend, sans précipitation car de toutes façons là où nous sommes désormais il n'y a plus rien à faire, nul taxi, nul transport en commun, point d'horaire, rien ne presse à Solovki.. Je distingue à la droite du "terminal" d'aéroport le début d'un chemin qui semble boueux, car il n'y a aucun asphalte a Solovki, le seul chemin en fait... Je m'y engage donc les bagages à la main et ne tarde pas à distinguer à l'avant de ce chemin, peut-être à peine un kilomètre, le mur d'enceinte et les coupoles en forme d'oignons d'un monastère, du monastère de Solovki, c'est une vision à vous couper le souffle, dans cet endroit désolé du bout du monde, tout près du cercle polaire, où l'hiver dure près de 9 mois par an, de trouver une construction d'une telle dimension et d'une telle splendeur, cela me ragaillardit et je décide d'aller de l'avant, entre-temps les autres passagers ont l'air de s'être déjà dispersés, il est vrai qu'ils n'étaient pas nombreux mais malgré l'émotion du lieu, une réalité physique moins agréable me surprend, celle du froid, un vent vif et glacé me saisit les mains, m'obligeant à enfiler les gants que j'avais pris à tout hasard, eh bien !

Me voici trottant sur l'unique chemin de l'aéroport entre quelques baraques en bois, un étang encore gelé, et devant moi, LE MONASTERE car il écrase tout par sa présence, c'est un ensemble historique, cerné par un mur d'enceinte aux dimensions colossales, de plusieurs centaines de mètres de long, le mur est fait de pierres énormes que je commence déjà à distinguer au fur et à mesure que je m'en rapproche, en même temps les coupoles intérieures deviennent plus gracieuses, c'est une construction fabuleuse, une énigme historique...

Je suis de plus en plus près, et finis par m'engager par un portail d'accès, à l'intérieur des bâtiments, et encore des bâtiments d'époques variables, mais l'ensemble paraît vide, désert, il fait si froid que personne ne traîne dehors, je passe une cour et aborde la partie centrale avec son église si majestueuse, qui vraiment en impose, et toujours pas âme qui vive, je cherche une enseigne ou un repère: voici tout de même que je croise quelqu'un, un homme plutôt âgé du type bûcheron, pas un prêtre, lequel me demande où je vais (Kouda vuh idiote ?). Je lui explique que je cherche une auberge ou quelque chose comme cela, il me repond "allons voir ensemble" et m'entraîne vers un bâtiment où nous pénétrons, là à l'intérieur je me retrouve pour la première fois face a un pope. C'est impressionnant, surtout la première fois, ils sont habillés en noir de pied en cap, portent la barbe broussailleuse et vous dévisagent gravement, "d'où venez-vous ?" ( Otkouda vuh ), Ia Fraantssouz, Journalist ? Niet, niet ! Tourist ? Da, da! Chto vuh hhatite (que voulez vous?) Je cherche un logement... Padajdite (attendez), là vient un autre pope, plus jeune et d'aspect timide qui m'indique de le suivre, après avoir laissé mes bagages, puis nous traversons une cour et rentrons dans un autre bâtiment où il m'indique d'accrocher mes affaires et de pénétrer dans la pièce, de prendre place en fait, car celle ci est attenante à une cuisine, et il ne tarde pas a déposer sur une lourde table en face du banc où je suis assis, des sortes de grosses marmites contenant des tas de plats, soupe, poisson, chou, pommes de terre, macaronis, aussi du thé et pour l'accompagner une sorte de liqueur grasse et sucrée ayant une odeur très douce faisant penser a la cannelle.
C'est incroyable, tout cela est incroyable, me voici alors que je parle à peine russe, qu'ils ne savent rien de moi, servi tel un coq en pâte dans ce lieu qui est un lieu culte de la mémoire orthodoxe, difficile de retranscrire l'impression solennelle dégagée par ces lieux, il y règne une tranquillité et une simplicité délicieuse et en même temps le moindre mouvement semble y prendre une dimension métaphysique. Impossible de dater l'endroit, de dire depuis quand les gestes quotidiens élémentaires s'y sont répétés et répétés, tels l'éternité dans le temps, car le temps ne semble plus avoir cours ici, le temps c'est à l'extérieur, nous avons tout d'un coup oublié qu'il y avait un avant et un après, c'est comme si ce moment, cet espace avait toujours été présent et que nous le savions.

Rétabli par cette restauration en forme de méditation, je reviens avec ce jeune pope vers le "lieu d'accueil" ou s'engagent des conciliabules. Ils me demandent si je suis chrétien ? Oui mais catholique (en gros...); je remarque qu'ils sont très protocolaires, ne manquent jamais de se signer et de s'incliner devant certaines images et objets, je vois tout cela en même temps qu'ils discutent de moi, finalement ils m'indiquent de venir ce soir à 10h pour rencontrer l'higoumène (supérieur religieux) German (c'est son prénom): certes, mais il est à peine 2h de l'après-midi et que dois-je faire d'ici-là, d'autant que je suis franchement fatigué après une mauvaise nuit, et me sens très vite complètement gelé a l'extérieur... Ils comprennent que je ne peux pas rester dehors et m'expliquent qu'il y a une auberge très près du Monastère où ils me conseillent d'aller, là-dessus une femme qui semble travailler dans la journée au monastère se saisit d'un téléphone qui semble dater du Goulag, et après avoir scruté une liste de numéros à 2 chiffres (moins de 100 numéros différents sur l'île) parvient à appeler après quelques tentatives la responsable de l'auberge, cela devrait aller, elle va m'accompagner pour m'indiquer le chemin, nous traversons la cour principale du Monastère et nous engageons sous un autre portail, où près de cette entrée cyclopéenne, elle me montre en face, à quelque 300 ou 400 m, de l'autre côté d'un bras de mer gelé, la maison verte qui est l'auberge du Monastère, mais il y a 2 maisons vertes, laquelle, celle à gauche ou à droite (na lieva ili na prava?), à droite (na prava), Iassna !

La responsable s'appelle Katia, une femme très bien (otchin hharochaia jenchina) me précise-t-elle en m'adressant au revoir, le froid est vif mais cela ne paraît pas loin. Je m'engage à nouveau sur un chemin de terre qui contourne ce bras de mer (gelé le 10 mai !) en longeant à nouveau des baraques en bois ,et en quelques minutes je suis devant l'auberge, maison en bois coquette, d'aspect rustique mais confortable, il semble que Katia m'ait vu venir car à peine arrivé, la porte s'ouvre et une jeune femme qui paraît tout-à-fait charmante m'adresse un "Zdrasvouitssia" ! 

 à suivre...
 
 
Chronique des SOLOVKI (3/5)

3) KATIA

Ah, je devine déjà vos mines réjouies, vous vous dites, çà y est, enfin la femme ! Je vois vos faces lubriques, bavantes de concupiscence et d'autres instincts car chez l'homme, le cochon n'est jamais loin, il peut s'assoupir mais ne s'endort jamais complètement, voici la triste réalité mais chez les femmes ce n'est hélas guère plus reluisant, car si chez l'homme une grossièreté physique domine, encore est-elle sans malice, honnête pourrait-on dire tandis que vous, Mesdames, c'est une curiosité dans tout ce qu'elle a de négatif qui vous émoustille a l'avance, vous n'êtes pas des "voyeuses" physiques mais vous raffolez des potins, le plus souvent la jalousie est le moteur de votre intérêt, vous vous régalez des indiscrétions, de tout l'intime
chez les autres, enfin vous lirez bien la suite...

Où en étais-je ? Ah oui, Katia vient de m'ouvrir la porte de l'auberge où je dois résider, au début je ne l'ai pas trop remarquée, car encombré de mes bagages, j'étais surtout pressé de quitter le froid extérieur, tout de même en rentrant j'ai tout de suite été surpris par sa jeunesse et par son charme, mais maintenant a l'intérieur je prends le temps de l'observer davantage et constate qu'elle sourit, qu'elle sourit encore, qu'elle sourit toujours, d'un sourire tendre qui semble la marque d'une vraie gentillesse avec un zeste de timidité. Comment est-elle, vous dites-vous ? Mais puisque je vous dis qu'elle est charmante, cela ne vous suffit pas ?

Bon puisqu'il faut en passer par là, voyons donc Katia : elle est jeune, la trentaine, de taille moyenne, assez fine, la poitrine menue, semble bien légère et gracieuse, elle a des cheveux blonds mi-longs, retenus par une petite queue de cheval qui renforce son aspect juvénile, les courbes de son corps sont féminines mais sans excès, plutôt discrètes. Elle a le type russe, c'est-à-dire le teint clair des européens du nord mais avec de légères pommettes, et ces yeux bleus vifs du grand froid légèrement tirés en amande, ravissants !

Elle me guide à l'intérieur de l'auberge et me montre ma chambre, l'auberge composée d'un seul étage avec à peine cinq chambres est vide à part moi, je vais être chouchouté !
Dans ces contrées nordiques, le bois démontre tout de suite ses qualités par la sensation de chaleur et de "chez soi" qu'il procure, la chambre possède un mobilier simple mais très coquet, cela me rappelle les auberges de jeunesse en Norvège que j'ai connues autrefois quand je sillonnais l'Europe l'été en sac à dos, ce confort rustique, ce goût pour les formes sobres et ce souci d'une vie hygiénique. Je la rassure en lui expliquant que la chambre me convient tout-à-fait, de toutes façons elle sourit encore et toujours ! S'ensuit une discussion avec le faible russe dont je dispose -ravissante, elle est ravissante- elle m'explique comment elle administre l'auberge, et ce dont je peux disposer, elle pourrait tout aussi bien me faire un exposé sur la marche des crabes dans le désert ou la stérilisation du plastique que je l'écouterais encore, car je ne me lasse pas de sa compagnie.

Tout de même, le manque de sommeil, le froid, la fatigue du voyage et l'amorce d'une digestion me rendent lentement somnolent, elle s'en aperçoit et décide de me laisser vite, je m'apprête à essayer mon nouveau lit comme un gamin dans une colonie de vacances, et ne tarde pas à m'endormir...

...c'est à la fin du printemps, près d'un petit lac, je n'ai encore jamais vu une prairie aussi verte
que celle qui s'étale sous mes yeux, parsemée de boutons d'or, elle resplendit comme la pureté même, ni un ciel aussi bleu, l'air est transparent, cristallin, c'est à peine si un léger vent fait onduler l'herbe parfois et provoque de légères rides a la surface du lac dans lequel le soleil se reflète, resplendissant de son éclat, cette nature est d'une beauté indicible et j'en ai bien la conviction, le Paradis originel ne pouvait être plus beau. Près de la maison en bois où nous habitons, j'aperçois Katia de dos, assise sur un banc, sa belle silhouette se découpe sur le fond azur du ciel, elle semble absorbée dans une profonde méditation devant tant de splendeur et je vais m'asseoir près d'elle: à ce moment elle se retourne vers moi, son sourire est radieux, elle plisse légèrement les yeux sous l'éclat du soleil, son doux visage est si paisible qu'elle semble comme moi avoir été transfigurée par la magnificence du paysage; dans le lointain les cloches du Monastère résonnent soudain de leur son clair et limpide, inondant l'espace d'une joie lumineuse, je me sens alors submergé par un sentiment d'une douceur indescriptible. O mon amour, puisse cet instant ne jamais se terminer car je le sais désormais, je n'ai jamais aimé d'autre femme que toi...

Combien de temps ai-je dormi ? Impossible a dire, un coup d'œil sur le portable qui me sert à la fois de montre en poche et de poste émetteur de messages m'indique que je devrais commencer à m'activer si je veux assister au service religieux, qui a lieu tous les jours à 17 heures au Monastère, oui j'ai encore le temps, mais de ce fabuleux service je vous entretiendrai plus tard comme de ma rencontre avec l'higoumène (ou supérieur du Monastère) le soir même, mais revenons donc à Katia.

L'higoumène était en retard car ces gens-là ont le temps, ils ont tout le temps, je reviens vers 11 heures du soir à l'auberge et il fait jour, il fait toujours jour, je me réjouis de ce que Katia m'a promis un dîner particulier, même si je suis un mauvais mangeur (il n'y a qu'à me voir) mais c'est l'attention et la délicatesse qui me touche, je dîne lentement et prends après le temps de bavarder avec elle et il fait toujours jour, à près de minuit, juste le temps est plus sombre en même temps que je commence a raconter ma vie, mais tout semble l'amuser, même les pires déboires, à la fin comme je ne voulais pas continuer à abuser de sa patience et que je me décidais a partir, je n'ai pas bien saisi, comprenant mal le russe, dans ce que j'ai pu exprimer ce qui a eu le pouvoir de la faire rire aux éclats mais j'ai senti mon cœur commencer a fondre devant son fou rire d'enfant, je n'ai pas souvenir en 12 ans passés a Vilnius d'avoir vu quelqu'un rire comme Katia a ce moment-là, absolument délicieuse de tendresse.

Journée incroyable à tous les titres, je finis par rentrer dans ma chambre et continue pendant encore de longues minutes à contempler de mon lit le Monastère qui s'offre en plein à ma vue, juste de l'autre côté du bras de mer, dans le ciel crépusculaire, c'est une vision sublime, une chose indescriptible, comme un rêve éveillé.

J'aurai encore l'occasion le lendemain et brièvement le surlendemain de gouter à la compagnie de Katia, elle semble continuellement de bonne heure et j'ai pu glisser de brefs messages grâce a son ordinateur, oui même Solovki dispose d'Internet, sauf heureusement le Monastère...

Le 12 mai au matin, me rendant a pied a l'aéroport par un ciel clair et lumineux, nous avons fait encore quelques pas ensemble avant que nos chemins ne bifurquent tout près de l'enceinte du Monastère, nous nous sommes embrassés en nous souhaitant "tout bien" (vsievo dobrovo), Katia, oui vraiment, tout bien, tout bien pour toi ...

Mais vous avez dû observer quelques sauts dans mon récit, en particulier à l'instant où je me suis réveillé avec l'intention d'aller assister au service religieux quotidien du Monastère, je m'y dirigeai donc un peu avant l'heure en passant sous le portail cyclopéen et pensais a priori que celui-ci devait avoir lieu dans l'église principale au centre du Monastère, mais je trouve partout porte close, j'avais remarqué quelques minutes plus tôt en passant dans la cour principale plusieurs popes empruntant une petite porte pour se rendre dans un bâtiment adjacent, ce que je décide de faire et dois alors monter un escalier où il fait très froid puis déboucher sur une sorte de corridor avec des manteaux accrochés, je dois être tout près, je pousse un battant de porte puis un deuxième et je suis alors complètement saisi par ce que je vois, merveilleux ...


à suivre...